Procès du 13-Novembre – Les «contradictions» de deux accusés examinées par la cour
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Procès du 13-NovembreLes «contradictions» de deux accusés examinées par la cour

Mardi, le tribunal s’est penché sur deux des accusés des attentats du 13 novembre 2015, dont un cuisinier du groupe État islamique devenu kamikaze.

La cour d’assises poursuit ses interrogatoires.

La cour d’assises poursuit ses interrogatoires.

AFP

Est-ce bien Muhammad U., armé, que l’on voit sur cette vidéo de propagande de l’État islamique? Adel H. n’était-il que cuisinier pour l’organisation jihadiste? Au procès du 13-Novembre, la cour s’est penchée mardi sur les «contradictions» dans les déclarations de deux des accusés.

Image opaque sur les écrans de la cour d’assises spéciale de Paris pour protéger son anonymat, l’enquêtrice «287SI» expose le parcours en zone irako-syrienne du Pakistanais Muhammad U.. Elle propose de projeter un «élément issu du champ de bataille», une vidéo arrivée tardivement aux mains de la DGSI.

«Il est là à droite», indique à deux reprises l’enquêtrice témoignant par visioconférence. Dans la salle d’audience, les yeux sont rivés sur la vidéo de propagande, transmise en «août 2021» par les services américains.

«Pour un adultère, la sanction est la lapidation»

Les scènes de liesse célébrant une victoire de l’EI ont été tournées selon la témoin dans la province irakienne d’Al-Anbar, en «avril-mai 2015». Sur un agrandissement, elle assure qu’il porte «une arme dans le dos». Pour la policière de la DGSI, ces images contredisent à double titre les déclarations de Muhammad U., qui avait assuré n’être arrivé en Syrie qu’en août 2015 et n’avoir reçu aucune formation au combat.

Face aux policiers, il proclamait toutefois que «rien» ne l’avait «choqué» en Irak et en Syrie. «Ce que j’ai pu voir là-bas, c’est l’islam qui fonctionnait, le bon islam», déclarait le Pakistanais. «Pour un adultère, la sanction est la lapidation. Les homosexuels, on les monte au sixième étage et on les jette dans le vide».

«Est-ce que vous les voyez, ces images?»

Interpellé en décembre 2015, un mois après les attentats du 13-Novembre, dans un foyer de migrants avec un autre accusé, Adel H., Muhammad U. avait quitté la Syrie, puis rejoint l’Europe par la route des migrants avec les deux kamikazes irakiens du Stade de France.

Le président de la cour, Jean-Louis Périès, demande à l’accusé: «Est-ce que vous les voyez, ces images, M. U. ?» Dans le box, ce dernier s’apprête à se lever quand il est interrompu par l’un de ses avocats, Edward Huylebrouck: «Il pourra répondre en janvier», lors de son interrogatoire sur les faits.

«Eléments objectifs»

Un autre avocat de Muhammad U., Karim Laouafi, veut savoir comment la DGSI peut «être sûre» qu’il s’agit bien de lui sur la vidéo. «On a l’habitude, on regarde les traits physiques, la forme des yeux», explique la témoin. «Donc, vous ne pouvez pas être sûre à 100%?» insiste Me Laouafi. Quant à l’arme que son client porterait sur la vidéo, poursuit-il, il «ne la (voit) pas».

Selon les enquêteurs, Muhammad U. et Adel H. devaient tous deux participer aux attentats avec les deux autres membres du «quatuor», mais ont été arrêtés sur la route.

Parti d’Algérie «sans prévenir sa famille» en février 2015 pour rejoindre l’État islamique, Adel H. n’avait «pas les détails» de la mission, avait-il assuré, mais il savait qu’il était «envoyé comme kamikaze», retrace «287SI». Avant ce projet, il soutient n’avoir été que «cuisinier» pour l’EI, hormis un bref entraînement aux armes.

«Vous paraît-il crédible que quelqu’un qui était cuisinier et qui dit n’avoir jamais combattu puisse être recruté pour une mission-suicide en France ?» interroge l’avocate générale Camille Hennetier, pointant «des contradictions». «Non, absolument pas», répond l’enquêtrice. «Je n’imagine pas l’organisation compromettre un tel projet en incluant parmi les opérationnels quelqu’un qui n’a pas fait ses preuves en termes d’engagement et de loyauté».

Déclarations jugées «crédibles»

La défense d’Adel H. rappelle d’abord que ses déclarations pendant l’enquête ont été généralement jugées «crédibles» et qu’il a «aidé à l’identification» d’Oussama A., commanditaire présumé des attentats du 13 novembre 2015 et jugé par défaut.

Son avocate Léa Dordilly a compris que l’«hypothèse préférée» de la DGSI est qu’il a été un combattant de l’État islamique. Mais a-t-elle des «éléments objectifs» pour le dire?

L’avocate se fait confirmer qu’aucun fichier de l’organisation jihadiste concernant Adel H. n’a été retrouvé, et qu’il n’apparaît d’autre part dans aucune vidéo d’exactions ou de combat. L’enquêtrice l’admet à contrecœur, mais répète: «Il est peu probable qu’il ait été juste cuisinier».

(AFP)

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