Actualisé 13.06.2017 à 12:20

Suisse

Les courts trajets en avion bientôt taxés?

Une taxe sur les vols court-courriers et des billets de train moins chers. Des politiciens de gauche veulent en finir avec le réflexe de réserver des vols low-cost.

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daw/dmz
En moyenne, les Suisses ont parcouru 9000 km en avion par personne en 2015.

En moyenne, les Suisses ont parcouru 9000 km en avion par personne en 2015.

Keystone/Salvatore di Nolfi

Un petit week-end en amoureux à Venise ou à Paris? Une virée shopping à Londres? Les Suisses sont toujours plus nombreux à craquer pour une escapade rendue plus abordable par des billets d'avion aux prix cassés. En 2015, les habitants du pays ont parcouru en moyenne 9000 km par personne dans les airs. Presque deux fois plus qu'en 2010, selon les chiffres de l'Office fédéral de la statistique.

Cette augmentation donne des sueurs froides aux politiciens sensibles à la problématique de l'environnement. Ces derniers ne veulent pas rester les bras croisés face à ce qu'ils appellent une «croissance non-contrôlée». C'est pourquoi le conseiller national Thomas Hardegger (PS/ZH), dans une intervention parlementaire, propose au Conseil fédéral de prendre des mesures pour réduire le nombre de passagers suisses sur les vols court-courriers. Selon lui, il s'agit de rediriger les passagers vers le train. Sa collègue Priska Seiler Graf (PS/ZH) a, elle-aussi, demandé quelles mesures le gouvernement envisageait pour pousser les usagers vers le rail.

«Certains prennent l'avion tous les week-ends»

«Aujourd'hui, les vols sont si ridiculement bon marché que certains prennent l'avion chaque week-end. Alors que pour un voyage de 500 km, on pourrait très bien prendre le train», s'émeut la Zurichoise. Par ailleurs, des vols réguliers entre Zurich et Genève n'ont absolument aucun sens, selon elle.

Elle souhaiterait agir sur les prix. «Une des possibilités serait de prélever une taxe sur les billets», avance-t-elle. Si on veut changer les comportements, toucher au porte-monnaie est la meilleure solution, estime la socialiste. Elle souhaite enfin qu'on sensibilise davantage le public sur le bilan des vols court-courriers sur l'environnement.

«Le potentiel d'évolution est énorme»

Thomas Hardegger renchérit: le prix actuel des vols ne reflète pas le coût pour l'environnement et le désagrément liés au bruit. «Il faut savoir que 46% des destinations proposées se trouvent dans les pays voisins. Le potentiel d'évolution est énorme!», explique-t-il.

Le Conseil fédéral doit, poursuit-il, prendre des mesures pour appliquer l'accord de Paris, récemment ratifié par le Parlement. Il imagine par exemple que les compagnies participent plus au financement des infrastructures et de la sécurité. Elles devront alors augmenter le prix des vols et le train deviendra ainsi plus attractif.

Swiss met en garde

Ces propositions ne convainquent pas le vice-président du PLR Christian Wasserfallen (BE). Il faut, selon lui, laisser la liberté de choix au public. En mettant en place de telles mesures, la Suisse se tirerait par ailleurs une balle dans le pied: «Une compagnie comme Skywork Airlines (ndlr: basée à Berne) ne vole qu'en Europe. Elle en souffrirait sans doute», analyse le politicien. «Pour moi, la solution pour protéger l'environnement est de trouver des accords globaux, pas des solutions locales», conclut-il.

Quant à la compagnie nationale Swiss, elle met en garde contre le danger de réduire le nombre de vols court-courriers. Si on veut que la Suisse se concentre sur les vols au long cours, il faut remplir les avions avec des passagers en transit. «Sans vols courte distance, Swiss ne pourrait pas maintenir son offre à long terme», prévient sa porte-parole Karin Müller. A terme, toute l'économie du pays serait affectée.

De plus, la compagnie est en plein processus de modernisation de sa flotte. Elle rappelle qu'elle a investi plus de six milliards dans des appareils moins gourmands en carburant.

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