Actualisé 22.04.2007 à 12:22

Les Cubains affichent une longévité insolente

LA HAVANE - Avec ses 80 ans, Fidel Castro illustre un phénomène qui fait la fierté des Cubains: leur longévité.

Malgré la pauvreté et les diverses pénuries, l'île affiche l'une des espérances de vie les plus longues des Amériques, qu'elle attribue aux soins de santé gratuits, un climat clément et un mode de vie décontracté.

«Parfois vous mangez tout ce que vous voulez, parfois pas, mais on ne voit pas des vieux dormir dans la rue comme ailleurs», assure Raquel Naring, commerçante retraitée de 70 ans.

Avec une espérance de vie moyenne de 77,08 ans, soit 11 ans de plus que la moyenne mondiale, Cuba arrive au deuxième rang en Amérique latine, derrière Porto Rico, selon le rapport annuel 2007 de la CIA sur la situation dans le monde. L'espérance de vie moyenne des hommes s'élève à 74,85 ans et celle des femmes à 79,43 ans, ce qui est très proche des chiffres des Etats-Unis: respectivement 75,15 et 80,97 ans.

La plupart des Cubains ne paient pas de loyer et l'alimentation, l'électricité et les transports sont largement subventionnés, mais vieillir à Cuba peut être difficile. Les belles demeures d'avant la révolution castriste de 1959 tombent en ruines, on se serre à trois générations dans les appartements et on subit les pénuries chroniques de nourriture, d'eau et de médicaments.

Cependant les consultations chez le médecin et les médicaments sont généralement gratuits, et la prévention encouragée. «Il y a quasiment un médecin de famille pour chaque pâté de maison», affirme Luis Tache, 90 ans, rendu aveugle par un glaucome.

Professeur d'anglais à la retraite depuis 30 ans, il a vécu à New York pendant six étés consécutifs de 1945 à 1950. Le communisme cubain est «à la fois bon et mauvais», estime-t-il, alors que le coût élevé de la vie dans les sociétés capitalistes «doit être très stressant». Et faire primer la vie de famille sur la carrière contribue à la bonne santé des Cubains, ajoute-t-il. «C'est mauvais pour la production, mauvais pour le pays, mais c'est bon pour les gens!».

Quelques maisons de retraite accueillent les vieilles personnes sans famille mais les places sont très limitées et l'on s'en remet surtout à l'entraide.

«C'est une société très heureuse (...) Cela aide», assure Alida Gil, 57 ans, à la tête de l'association d'entraide du Cercle des Grand-mères 2000 de la Vieille Havane. Chaque matin, en semaine, elle fait faire 40 minutes de gymnastique à une vingtaine de femmes âgées au rez-de-chaussée d'un bâtiment public sans vitres, où les traces de dégâts des eaux le disputent aux photos de Fidel Castro et de son frère Raul, qui assure l'intérim depuis juillet pendant la convalescence relativement secrète du chef d'Etat.

L'un des médecins personnels du Lider Maximo, le Dr Eugenio Selman, a participé en 2003 au lancement du «Club 120 ans», qui rassemble plus de 5000 personnes au moins centenaires dans divers pays, y compris les Etats-Unis. Leur but: atteindre les 120 ans grâce à un régime alimentaire sain, de l'exercice et une attitude positive.

Selon le vice-président de l'association, Gerardo de la Llera, médecin toujours en exercice à l'âge de 77 ans, la doyenne est une Cubaine de 122 ans. On ignore si Fidel Castro est membre du Club. Nombre de Cubains revendiquent un âge élevé mais ne disposent pas de preuves. De son côté, le gouvernement, qui lorgne sur les 82 ans du Japon et de Singapour, veut faire de Cuba le pays du monde où l'espérance de vie est la plus grande. (ap)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!