Suisse – Les décès liés au Covid-19 sont plus fréquents chez les étrangers

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SuisseLes décès liés au Covid-19 sont plus fréquents chez les étrangers

C’est le résultat d’une étude portant sur la mortalité due au coronavirus en 2020. Une réalité qui pourrait être due aux conditions sociales et économiques plus défavorables de bon nombre d’étrangers vivant en Suisse.

par
ewe
Centre de soins intensifs aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), le 31 août 2021.

Centre de soins intensifs aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), le 31 août 2021.

20min/Marvin Ancian

Comme le rapporte le «SonntagsBlick», en 2020, les décès dus au Covid-19 ont été nettement plus fréquents chez les personnes n’ayant pas le passeport suisse. C’est le résultat d’une étude de l’augmentation du nombre de décès en Suisse cette année-là. Réalisée par des scientifiques sur mandat du Service de médias Intégration, l’étude le montre clairement: chez les citoyens et citoyennes suisses âgés de 65 à 74 ans, l’augmentation des décès en 2020 par rapport à 2019 était de 2,2%, alors qu’elle était de 20,9% chez les personnes du même âge sans passeport suisse. Dans les autres groupes d’âges, l’augmentation a également été drastiquement plus importante – p. ex. de 12,5% pour les 45 à 64 ans étrangers, et de 2,6% pour les Suisses.

Ces résultats, basés sur les données de l'Office fédéral de la statistique (OFS), ont «surpris et effrayé» les auteurs de l’étude, note Tino Plümecke, sociologue à l'Université de Fribourg-en-Brisgau (All) et co-auteur de l’étude. Selon lui, cette différence s’expliquerait par les désavantages sociaux et économiques auxquels font face les personnes de nationalité étrangère – tels des logements plus exigus, des emplois sans possibilité de télétravail ou la dépendance des transports publics. «Le groupe des sans passeport suisse est une catégorie imprécise», note encore Tino Plümecke, car elle inclut autant des réfugiés de guerre que des professionnels hautement qualifiés. Anne-Kathrin Will, l’auteure de l’étude, demande ainsi davantage de données statistiques sur les groupes vulnérables.

Selon Tino Plümecke, il faudrait aussi se demander comment les discriminations structurelles sur le marché du travail et du logement se reflètent dans ces chiffres. De nombreuses études ont en effet démontré que les discriminations quotidiennes peuvent avoir un impact sur la santé. Et les personnes socialement défavorisées souffrent plus souvent que la moyenne de maux chroniques comme le diabète ou l’obésité qui constituent des facteurs qui favorisent les évolutions graves de Covid-19.

«Le Covid-19 est un virus de classe»

Matthias Egger, ex-chef de la Taskforce et président du Conseil national de la recherche du Fonds national suisse (FNS), a étudié le lien entre statut socio-économique et risque d’être atteint du Covid-19, rapporte le «SonntagsBlick». Son constat: c’est «un virus de classe», car les personnes pauvres y sont beaucoup plus exposées. Ainsi, parmi les 10% des plus pauvres vivant en Suisse, deux fois plus de personnes infectées que parmi les 10% les plus riches ont dû être traitées aux soins intensifs. Les différences sont tout aussi nettes en matière de décès et d’infections. «Notre étude a pu clairement montrer que les personnes défavorisées du point de vue socio-économique sont plus souvent et plus violemment touchées par le Covid-19 et en meurent donc plus souvent», note Matthias Egger.

Le scientifique estime que les autorités n’ont pas su protéger ces personnes à temps et déplore qu’il n’y ait pas eu d’efforts plus importants de manière proactive de leur part. Selon lui, il était prévisible dès le début de la pandémie que les migrants seraient plus souvent gravement atteints que le reste de la population. «Outre les personnes âgées et pré-malades, l’accent aurait dû être mis sur les personnes moins bien loties sur le plan socio-économique», ajoute Matthias Egger. 

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