Actualisé 22.01.2014 à 08:45

Genève IILes délégations syriennes sont à Montreux

Les représentants de Damas et ceux de l'opposition au régime sont arrivés dans le canton de Vaud, mardi soir, pour participer aux premiers échanges de la conférence de paix.

Genève II, la conférence de paix sur le conflit syrien qui s'ouvre mercredi à Montreux, réunit pour la première fois l'opposition et le régime de Damas. Les grandes puissances demanderont d'abord des avancées dans le domaine humanitaire.

«Nous devons être mesurés dans nos attentes. On ne va pas voir triompher la paix pendant ces discussions», a prédit mardi le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, en soulignant la nécessité d'«opter pour une politique des petits pas», notamment dans l'humanitaire.

Pour son homologue français Laurent Fabius qui le recevait à Paris, «l'idéal c'est d'aller vers la paix, ça passe par une solution politique», qui «passe par discuter» en Suisse. «Une conférence réussie, c'est une conférence qui réunira ces deux approches», établir un gouvernement transitoire et améliorer la situation humanitaire des Syriens, a précisé M. Fabius.

L'exclusion de l'Iran a sauvé in extremis la tenue de la conférence mercredi, mais Moscou considère qu'il s'agit d'une «erreur» et Téhéran annonce par avance un échec des discussions en son absence.

«Ligne rouge»

La polémique autour de la position iranienne, avant même la réunion de la conférence, souligne la fragilité du processus engagé. L'invitation à une trentaine de pays lancée par Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, indique explicitement que le but de la conférence est la «mise en place d'un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs», comme l'avait préconisé Genève I.

Le sort du président syrien Bachar al-Assad est «une ligne rouge», a prévenu mardi le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, cité par l'agence Sana peu avant son arrivée à Montreux.

Il a affirmé «le désir de la Syrie de faire réussir cette conférence, comme premier pas ouvrant la voie à un dialogue syro-syrien sur le territoire syrien, afin de réaliser les aspirations du peuple sans ingérence étrangère, de quelque partie que ce soit».

Pour ne pas avoir à faire marche arrière, il n'est en principe pas prévu que la réunion de Montreux adopte une nouvelle résolution, indique-t-on de source diplomatique européenne, M. Ban se limitant en fin de soirée mercredi à faire une synthèse des interventions.

A l'abri du Montreux Palace, siège de la conférence, interdit d'accès à la presse, il devrait surtout y avoir de nombreuses discussions discrètes pour préparer la réunion vendredi à l'ONU, à Genève, impliquant uniquement les deux délégations syriennes et l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue Arabe Lahkdar Brahimi.

Ce devrait être le début d'un long processus, de sept à dix jours dans une première étape, selon un membre de la délégation russe cité par l'agence Interfax. Des «experts» russes et américains aideraient à l'avancée des discussions, selon cette source.

Patience nécessaire

A Washington, un haut responsable a mis en garde contre un excès d'optimisme. «Je ne pense pas que quiconque ayant traité avec des officiels syriens ait de fausses attentes quant à des progrès rapides», a-t-il dit.

«Tout le monde doit comprendre que c'est le début d'un processus. Cela ne sera pas rapide (...) et nous aurons besoin de patience et d'obstination», a-t-il ajouté.

Dès mardi soir M. Lavrov doit d'ailleurs s'entretenir à Montreux avec le secrétaire d'Etat John Kerry.

Rapport accablant

A la veille de la conférence, trois anciens procureurs internationaux ont accusé la Syrie de massacres à grande échelle et de tortures dans un rapport fondé sur les photos prises par un déserteur et sur son témoignage. Le rapport a été commandé par le Qatar, pays soutenant les rebelles syriens.

Il fait état de 11'000 détenus morts dans les geôles du régime syrien, entre mars 2011 et août 2013. «Ce chiffre provient d'un seul endroit», a dit l'un des trois rédacteurs du rapport, Desmond de Silva, à la BBC.

Sur l'ensemble de la Syrie, il y en a «beaucoup plus», a ajouté l'ancien procureur en chef du tribunal spécial pour la Sierra Leone. (ats)

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