23.09.2020 à 06:13

GenèveLes démunis ignoraient qu’ils pouvaient être aidés

Un rapport de l’Uni liste les effets du confinement sur les plus pauvres. Il montre aussi que ceux-ci ne connaissaient pas les aides à leur disposition. Les autorités veulent améliorer l’information et être plus présentes sur le terrain.

von
David Ramseyer
Des milliers de personnes précarisées s’étaient rendues aux Vernets durant le semi-confinement, au printemps 2020, pour recevoir un sac d’alimentation d’une valeur de 20 francs, lors de distributions organisées par des associations et les autorités.

Des milliers de personnes précarisées s’étaient rendues aux Vernets durant le semi-confinement, au printemps 2020, pour recevoir un sac d’alimentation d’une valeur de 20 francs, lors de distributions organisées par des associations et les autorités.

KEYSTONE/Martial Trezzini

Les interminables files d’attente aux Vernets pour un peu de nourriture, lors du semi-confinement au printemps dernier, avaient mis en lumière la réalité d’une population précarisée. Dévoilée ce mardi, une étude de l’Université de Genève a mesuré l’impact financier, économique, sanitaire et moral des restrictions sur ces personnes. Le rapport a aussi révélé que, parmi elles, 70% n’ont pas recouru aux associations et aux services d’aide sociale, «car elles ignoraient leur existence». Si chez certains, la peur d’un retrait du permis de séjour ou de travail s’ils s’adressaient à ces structures a aussi joué, l’information a clairement fait défaut et il faudra à l’avenir l’améliorer, a recommandé l’alma mater.

«On n’a pas été assez bon», a admis le président du Collectif d’associations pour l’action sociale. Alain Bolle cite en exemple la ligne téléphonique spéciale Covid mise en place au printemps: «Il y avait beaucoup d’attente et comme les plus précarisés ont un abonnement prépayé, de peur de perdre leur forfait, ils raccrochaient avant qu’on leur réponde.» À la tête de la Fondation Les colis du cœur, Pierre Philippe a plaidé pour plus d’informations sur les aides et les structures existantes, notamment lors des distributions actuelles de nourriture.

Quitter les guichets

Les autorités ont repris la balle au rebond. La Ville de Genève a ainsi noté qu’offrir une aide depuis un guichet ne suffisait pas. «Il faut davantage aller sur le terrain et être proactif», a plaidé la conseillère administrative Christina Kitsos, chargée de la cohésion sociale et de la solidarité. La socialiste a cité l’exemple de Fribourg, «qui engage des unités mobiles pour informer, expliquer et orienter les plus démunis, en profitant d’événements qui ne sont pas forcément à vocation sociale». Un match de foot, un festival ou les structures d’accueil de la petite enfance seraient ainsi autant d’occasions de rencontrer une population qui évolue sous le radar des autorités. La magistrate veut aussi renforcer les liens avec le milieu associatif, souvent proche de ces résidents fragilisés.

Le conseiller d’État Thierry Apothéloz a, lui aussi, prôné une présence accrue sur le terrain et une transversalité des compétences. L’Hospice général se doit d’accompagner les services sociaux des communes, a illustré le patron du Département de la cohésion sociale, avant de sortir la sulfateuse: «Aujourd’hui, on paie aussi des années d’une politique qui a limité les recours à l’aide sociale pour réaliser des économies!»

Crash social en quelques semaines

Réalisée entre mai et juin via des questionnaires et des entretiens, l’étude de l’Unige a porté sur plus de 220 personnes parmi celles venues chercher de l’aide alimentaire aux Vernets. Les résultats montrent la dégradation des conditions de vie d’une population déjà précarisée. Le semi-confinement a privé un quart d’entre elles de tout emploi. Parmi les autres, plus de 80% ont vu leurs heures de travail diminuer et leur salaire – déjà modeste – baisser. Et ce, indépendamment de leur niveau de formation. Plus du quart des personnes interrogées a renoncé aux soins médicaux. La moitié a aussi avoué avoir dû emprunter de l’argent, souvent à des taux d’intérêt élevés. Faute de moyens financiers, 61% d’entre elles ont diminué les quantités de nourriture pour les repas et 90% ont dû se résoudre à réduire la qualité et la diversité de leurs aliments.

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