Genève - Les députés veulent un soutien financier à la presse écrite
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GenèveLes députés veulent un soutien financier à la presse écrite

Face aux licenciements et à la disparition de certains titres, le Grand Conseil défend l’idée d’un financement de certains médias.

par
Valentin Emery / Léman Bleu
Les Verts proposaient de soutenir la presse «citoyenne, locale et régionale».

Les Verts proposaient de soutenir la presse «citoyenne, locale et régionale».

LMD

«Le Grand Conseil invite le Conseil d’Etat à proposer un financement par contrat de prestations de l’information citoyenne, locale et régionale dans la presse écrite diffusée sur le canton de Genève», voici les termes de la motion acceptée par une large majorité (61 oui, 32 non) du parlement genevois ce vendredi. Pour son auteur, le Vert François Lefort, la crise actuelle traversée par la presse écrite est «un danger pour la démocratie et la cohésion de notre communauté». Une vision partagée par sa collègue d’Ensemble à Gauche Jocelyne Haller: «L’objectif de cette motion peut sembler modeste. Mais la liberté et la diversité de la presse sont centrales dans notre démocratie.»

«Distorsion de concurrence»

La problématique doit être réglée au niveau fédéral, ont rétorqué l’UDC et le PLR. Pour ces partis, la motion rate sa cible en proposant de donner de l’argent public à la presse écrite genevoise en échange de prestations. «Cela peut porter un coup fatal à l’indépendance journalistique. Certains partenariats rédactionnels s’apparentent plus à des pamphlets et de la propagande», s’est offusqué le libéral-radical Edouard Cuendet devant l’assemblée. Un avis corroboré par l’UDC André Pfeffer: «Cette motion peut provoquer une distorsion de concurrence, mettre en danger la liberté de la presse ou pire encore, réduire les journaux à de simples agences de communication.»

Dispositif en cours d’élaboration

«Vous nous dessinez un scénario de presse étatique où l’information est manipulée. Comme si le fait d’être en mains privées garantissait l’indépendance et l’objectivité. Au contraire, le financement public pourrait même se révéler plus exigeant», a répondu Jocelyne Haller. Si certains députés ont évoqué la difficulté de définir concrètement ce qu’est «une information citoyenne», la gauche, le PDC et le MCG ont soutenu la demande. Avec la condition pour le MCG «que les rédactions ne soient pas truffées de frontaliers».

Par la voix de sa présidente, Anne Emery-Torracinta, le Conseil d’Etat a pris acte du vote des députés. «Un dispositif d’aide aux médias locaux est en cours d’élaboration. Cette motion nous confortera dans notre réflexion. Nous pensons qu’il ne faut pas se limiter à la presse écrite, mais aussi intégrer les radios et télévisions locales.» Ce dispositif devrait être présenté ces prochains mois.

Visa humanitaire réclamé pour Tahir

Le 27 janvier 2021, le renvoi dans son pays d’origine de Tahir Tilmo, un trentenaire éthiopien, avait suscité l’indignation et la mobilisation de plusieurs collectifs, partis politiques, ainsi que du conseiller d’Etat Antonio Hodgers dans une tribune sur les réseaux sociaux. Ce vendredi, le Grand Conseil genevois a accepté une résolution demandant au Conseil d’Etat d’intervenir auprès de Berne afin d’octroyer un visa humanitaire à Tahir Tilmo.

«Tahir est un exemple d’intégration; il participait au programme de l’Université de Genève pour les réfugiés, il a appris le français, a des amis en Suisse», a rappelé la députée Jocelyne Haller. Or, selon l’élue d’Ensemble à Gauche, Tahir Tilmo «est en danger permanent en Ethiopie. Il doit régulièrement changer de domicile pour échapper à la police, et son état de santé s’est considérablement détérioré.»

Une position partagée par toute la gauche et une partie de la droite. «La situation est particulièrement instable en Ethiopie, avec des massacres, des viols, des déportations. C’est pourquoi le PDC va soutenir cette résolution», a expliqué le démocrate-chrétien Bertrand Buchs. Aucun opposant à cette demande n’a souhaité prendre la parole en plénière.

Arrivé en Suisse en 2015, Tahir Tilmo avait fui la répression du pouvoir central, notamment après la mort de ses parents, torturés et jetés devant la maison familiale. Après l’annonce de son renvoi, Tahir Tilmo avait fait une grève de la faim pour dénoncer cette décision, en vain.

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