16.10.2020 à 05:58

SantéLes désinfectants à dispo du public sous la loupe des experts

Depuis le mois de mars, se désinfecter les mains à l’entrée des magasins est devenu une habitude. Pourtant, l’odeur et la texture variées des solutions soulèvent des questions sur leur composition. Vaud et Genève mènent actuellement une campagne de contrôles.

de
Valentina San Martin

L’avis des passants recueilli dans les rues de Lausanne.

Pour certains, il sent les pieds, pour d’autres, c’est la vodka. Et sa texture laisse souvent perplexe. Dans tous les cas, beaucoup s’accordent à dire que s’enduire les mains de gel hydroalcoolique à l’entrée des magasins n’est pas agréable, comme le montre notre micro-trottoir à visionner ci-dessus.

Faire confiance aux fournisseurs

«Les désinfectants à l’entrée de nos succursales sont conformes et mis à disposition gratuitement. Nous n’avons jamais reçu de plaintes, explique Tristan Cerf, porte-parole de Migros. Quant aux personnes qui ne voudraient pas les utiliser, libre à elles de se servir de leur propre produit», poursuit-il.

La qualité des désinfectants mis à disposition à la Migros ou à la Coop est donc garantie par les fournisseurs qui sont autorisés à les élaborer. Chez Migros par exemple, qui produit son propre gel, contrôlé par sa société Mibelle, des tests de qualité et de sécurité sont effectués par pointages, et ce sur n’importe quel article prêt à être acheté ou utilisé. Ainsi, les gels hydroalcooliques proposés aux clients à leur arrivée en magasin sont traités comme tous les autres produits cosmétiques.

Si certaines personnes ne veulent pas utiliser ces produits, libre à elles de se servir de leur propre gel

Tristan Cerf, porte-parole de Migros.

Ikea s’approvisionne aussi chez un fournisseur: «Nos produits sont fabriqués selon les directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Leur efficacité et leur composition peuvent être consultées sur le site web du fabricant Ecolab. Nous n’achetons pas de produits sans preuve écrite correspondante», détaille Aurel Hosennen, porte-parole du géant suédois.

Et les cinés, restos, librairies et boutiques alors?

Mais si les grandes entreprises disent respecter certains standards, le sujet semble tabou chez les plus petites sociétés. Elena Gascon Diez, cheffe du secteur des produits chimiques à l’État de Genève (qui a accepté d’apparaître à la caméra pour 20Minutes), admet qu’au début de la crise sanitaire, nombreux étaient les commerçants qui ont dû s’adapter rapidement, ce qui n’a pas toujours été facile. «Néanmoins, nos services ont été ouverts pendant toute la pandémie. Nous avons répondu par mail, par téléphone et en personne aux questions des entreprises et de la population. Notre département ainsi que la Confédération ont mis les informations nécessaires sur internet.» L’experte ajoute qu’il arrive que certains diluent leurs désinfectants avec de l’eau pour faire des économies. D’autres proposent des produits qui ne sont pas aux normes par manque de connaissances. Dans tous les cas, le commerçant est responsable de ce qu’il met à disposition de tiers.

Une exception pour prévenir la pénurie

Si les désinfectants à disposition du public entrent dans le champ d’application de l’ordonnance fédérale sur les produits biocides (OPBio) et nécessitent l’obtention d’une autorisation de l’Organe fédéral de réception des notifications des produits chimiques (ORN), la situation d’urgence au départ du Covid-19 a imposé à la Confédération d’agir avec les moyens du bord. C’est ce que soulève Denis Rychner, responsable de la communication de la Direction générale de l’environnement du canton de Vaud (DGE): «Une exception à cette procédure a été accordée par la Confédération au début de la pandémie afin d’éviter une possible pénurie.» Dans sa décision datée du 28 février 2020, la Confédération a ainsi autorisé les préparations désinfectantes sans autorisation spécifique préalable, sous certaines conditions, jusqu’au 31 août 2020. «Toutefois, les anciens stocks, importés ou fabriqués avant le 31 août, peuvent se retrouver sur nos mains jusqu’au 28 février 2021 au plus tard», précise Elena Gascon Diez.

Une campagne de contrôles est en cours

Denis Rychner, chargé de communication de la Direction générale de l’environnement du canton de Vaud.

Berne a ainsi autorisé l’élaboration de mixtures contenant des produits non destinés à l’application directe sur des êtres humains ou des animaux et des désinfectants pour les surfaces. Quant à savoir si d’autres produits peuvent se trouver dans les bouteilles à l’entrée des lieux publics, difficile d’en avoir le cœur net: «Une campagne de contrôles est en cours, explique Denis Rychner. Outre la conformité en termes d’étiquetage, de conditionnement et de mise sur le marché, des analyses de la composition sont également prévues dans certains cas. Il peut y avoir des sanctions en cas de fautes graves avérées.» Ces inspections aléatoires sont de la compétence des cantons et menées par les autorités responsables du contrôle des produits chimiques, soit la DGE dans le canton de Vaud ou le Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé (DSES) à Genève. D’après Elena Gascon Diez, rares sont les établissements qui mélangent les gels hydroalcooliques avec de l’eau ou qui n’achètent pas des produits sûrs. Toutefois, la plupart proposent des désinfectants efficaces et autorisés, avec pour seul défaut un étiquetage lacunaire.

Bons et mauvais gels: comment savoir?

L’odeur ou la texture ne reflètent pas l’efficacité du désinfectant. Ces qualités varient en fonction du type d’alcool utilisé ainsi que les substances ajoutées. Dans tous les cas, les désinfectants à disposition du public doivent respecter des réglementations, qu’il s’agisse de l’autorisation selon l’ordonnance fédérale sur les produits biocides (OPBio) ou à titre exceptionnel la décision de portée générale de la Confédération du 28 février 2020. «Pour une personne ayant connaissance de ces normes à respecter, un simple coup d’œil sur l’étiquette suffit», explique Elena Gascon Diez. Pour les autres, dont la majorité des clients, il est conseillé de se référer à la mention CHZN ou CHZB suivie de 4 chiffres qui se trouve au dos du récipient. À noter que l’étiquetage des désinfectants pour les mains mis gratuitement à disposition de la clientèle à l’entrée des établissements (flacons, distributeurs manuels ou automatiques) est obligatoire.

Didier Pittet, apôtre du gel hydroalcoolique

Même si, contrairement à la rumeur persistante, l’infectiologue genevois Didier Pittet n’a pas inventé le gel désinfectant, c’est bien grâce à lui qu’il s’est démocratisé. Au début des années 1990, le médecin s’est penché sur l’hygiène en milieu hospitalier et a remarqué que peu de professionnels s’en inquiétaient. De plus, se laver les mains à l’eau et au savon entre chaque geste paraissait chronophage à l’époque. Durant près de vingt ans, Didier Pittet a fait le tour du monde afin d’informer les gens sur l’importance de l’hygiène des mains. L’idée était de remplacer leur lavage au savon par l’usage d’une solution hydroalcoolique, plus rapide et efficace. Elle est aujourd’hui incontournable, dans les hôpitaux comme ailleurs. Sa composition peut varier. Celle recommandée par l’OMS comprend de l’alcool, de l’eau oxygénée, de la glycérine et de l’eau.

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369 commentaires
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Hamster ventilé

17.10.2020 à 20:42

Calme. Gardons notre calme. Conservons les mesures barrières, nous les connaissons tous. A l'heure actuelle, malheureusement, pas d'alternative. C'est désolant navrant horrible, mais c'est comme ça.

Lol

17.10.2020 à 15:59

Le confinement approche à grand pas

Stéphanie

17.10.2020 à 10:07

A quand une nouvelle campagne de distribution gratuite de gel à Genève comme en Avril-Mai ? Le canton a assez de fric pour la jeter par la fenêtre à des pseudos associations alternatifs, solidaires, culturelles aussi diverses qu'inutiles.