Genève: Les détenus allaient voir des prostituées en ville
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GenèveLes détenus allaient voir des prostituées en ville

Des prisonniers de La Pâquerette voyaient des filles de joie pendant des sorties accompagnées. Tollé.

par
Didier Tischler Taillard
Les pensionnaires fréquentaient des filles dans le quartier des Pâquis.

Les pensionnaires fréquentaient des filles dans le quartier des Pâquis.

«Si les faits sont avérés, ils seront difficilement justifiables», avertit Bertrand Levrat. Le directeur des HUG, dont dépendait La Pâquerette, a fait part de son extrême surprise en apprenant que des détenus du centre de sociothérapie avaient la possibilité de voir des prostituées dans le quartier chaud des Pâquis. Du côté du Département de la sécurité, on ne confirme ni n'infirme cette information.

Selon plusieurs sources, ces balades ne s'effectuaient jamais avec des gardiens, mais uniquement avec des sociothérapeutes, lesquels patientaient dans un bistrot voisin. A chaque sortie, le détenu et son accompagnant avaient en main quelques centaines de francs pour leur permettre d'effectuer divers achats. L'argent provient du pécule, 25 francs par jour, que touchent les prisonniers pour des ­activités effectuées à l'intérieur de l'établissement.

«Nous étions au courant de ces pratiques, car des gardiens nous avaient informés», témoigne Christian Antonietti, président du Syndicat des gendarmes et des gardiens de prison. «La pratique était courante, même si certains soignants ne le faisaient pas, raconte un ancien gardien de l'établissement. Ce genre d'étape à bien plaire ne figurait jamais dans les programmes de sortie.» Michel Félix, qui œuvre à la défense des travailleurs du sexe, n'était pas au courant non plus: «Globalement, il n'y a pas de profil type pour les clients, il peut être boulanger ou détenu.»

En Suisse romande, seuls les Etablissements de la plaine de l'Orbe (VD) permettent, sous conditions, des rapports entre un détenu et une visite.

Expérience avortée

Le centre de La Pâquerette s'est retrouvé sous le feu des projecteurs en septembre 2013. Fabrice A. a profité d'une sortie accompagnée pour tuer une sociothérapeute et s'évader. Le crime de ce violeur récidiviste, arrêté depuis, a entraîné la fermeture de l'établissement à la mi-janvier. Unique en son genre en Suisse, le centre avait été créé en 1986 pour prendre en charge de grands délinquants souffrant de sévères troubles de la personnalité.

«Des sorties inadmissibles»

Pour le Dr Philip Jaffé, laisser des détenus de La Pâquerette avoir accès à du sexe tarifé constitue une aberration. Certains peinent en effet à gérer leurs émotions et sont parfois violents. «Lors de ces sorties, ils se retrouvent seuls avec une personne vulnérable. Il existe une règle cardinale: personne ne doit être en danger», ajoute l’ancien psychologue carcéral. Pour lui, les sorties érotiques de ces détenus inadaptés au milieu pénitentiaire sont inadmissibles «dans le climat actuel». Loin de renier les besoins sexuels des prisonniers, il envisagerait plutôt, dans les prisons, l’installation de pièces qui permettraient d’accueillir des prostituées, ou la distribution de matériel érotique. -JOE

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