Genève: Les détenus préfèrent le cachot aux cellules
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GenèveLes détenus préfèrent le cachot aux cellules

La prison de Champ-Dollon est surpeuplée. A bout, certains détenus optent pour le cachot, révèle une lettre écrite par l'un d'eux.

par
Jérôme Faas
Une cellule de Champ-Dollon, photographiée en 2006. Aujourd'hui, le nombre maximum de détenus en cellule s'élève à six.

Une cellule de Champ-Dollon, photographiée en 2006. Aujourd'hui, le nombre maximum de détenus en cellule s'élève à six.

Le cachot, une punition ? A Champ-Dollon, plus vraiment, à en croire un détenu. Les cellules usuelles sont si bondées que ce local en béton de 5 m par 3,5 m, où l'isolement est théoriquement la règle, devient attirant. «Certains ont même pris l'habitude de se bagarrer pour changer de cellule ou simplement pour être tranquilles trois ou quatre jours», écrit ainsi un prisonnier dans une lettre rédigée fin avril en possession de «20 minutes». Les écarts, selon leur gravité, sont en effet punis de un à dix jours de mitard.

Détenus de droits communs avec des malades mentaux

L'homme, incarcéré depuis trois mois, rapporte ainsi qu'un détenu a procédé de la sorte pour échapper à son «colocataire». Ce dernier avait été transféré à Champ-Dollon après avoir, paraît-il, incendié sa chambre de l'hôpital psychiatrique de Belle-Idée. «Il entendait des voix la nuit et se plaignait vers 3h ou 4h du matin.» Et d'expliquer que, pour cause de surpopulation, «il arrive qu'on mélange des détenus de droit commun avec des malades mentaux».

Le syndicat de police confirme

Que certains assimilent désormais la cellule forte à un havre de paix, Christian Antonietti, patron du syndicat policier UPCP, le confirme. «C'est juste. Les promenades, aussi, sont plus tranquilles. Avant, il y avait la possibilité de changer de cellule avant que ça parte en live. Maintenant, c'est fini.» Mais il nuance. «Il y a dorénavant tellement de prisonniers qui vont aux cachots qu'eux aussi connaissent la surpopulation.»

La surpopulation gagne les cachots

C'est le paradoxe. Champ-Dollon ne compte que douze cachots pour dorénavant plus de 800 prisonniers. «Il nous arrive de plus en plus souvent de placer deux détenus dans une cellule forte», indique ainsi Constantin Franziskakis, le directeur de l'établissement. Ce dernier doute fortement de leur attrait supposé. «La punition, c'est surtout un inconfort spartiate. Je ne peux pas me mettre à la place des détenus, mais à deux dans un local comme cela, cela n'a absolument rien d'attrayant ».

Natels et collusion

La Justice invoque souvent le risque de collusion pour motiver la détention provisoire. Dans sa missive, le détenu doute de l’efficacité de la mesure. «Un nombre très élevé de natels circule! On peut très facilement communiquer avec l’extérieur!» Selon lui, en avril, «pas moins de dix ont été trouvés». Constantin Franziskakis confirme des saisies, «mais certainement pas dans cette proportion». Plus que les téléphones, la surpopulation elle-même ferait le lit de la collusion. «Plus il y a de détenus, plus il est ardu de séparer les complices, d’assurer une complète étanchéité.»

Pénurie de places de sport

Cinquante à soixante détenus incarcérés dans chaque corridor ou demi-unité, quarante places seulement pour pratiquer une heure de gymnastique: «je vous laisse imaginer le résultat», regrette l’auteur de la missive, qui évoque des violences verbales et physiques quotidiennes entre gardiens et détenus. Si le nombre de détenus par unité semble exact, le directeur de la prison tempère: «les prisonniers ne s’inscrivent de loin pas tous» aux activités physiques, réduisant d’autant la pénurie, réelle.

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