Genève: Les divisions s'aggravent à Ensemble à Gauche
Actualisé

GenèveLes divisions s'aggravent à Ensemble à Gauche

Un débat public sur la laïcité a cristallisé les divergences internes au sein de l'extrême-gauche. De quoi faire exploser la coalition?

par
David Ramseyer
photo: Kein Anbieter/dr

«Une actrice ratée doublée d'une politicienne médiocre utilise les méthodes des fascistes des années trente pour censurer celles et ceux qui ont un avis différent du sien.» Jeudi sur Facebook, Pierre Gauthier a incendié sa collègue de parti en Ville de Genève, Maria Pérez, après une bisbille entre les deux élus la veille au Conseil municipal (voir encadré). A deux ans des élections cantonales et avec cet énième accrochage au sein d'Ensemble à Gauche (EàG) - deux députés viennent par exemple d'être suspendus pour ne pas s'être alignés sur leur parti - la coalition semble avoir du plomb dans l'aile.

«Ça se détériore à vue d'œil», jure Magali Orsini qui fait partie des élus incriminés et est également menacée d'exclusion au caucus du parti mardi prochain pour avoir été promue au bureau du Grand Conseil sans l'aval de son groupe. Membre de «La Gauche», l'une des sept composantes d'EàG, elle dénonce une mainmise du groupe SolidaritéS dans une coalition sans statut, dont le fonctionnement serait désormais anti-démocratique. «Au contraire, répond Pierre Vanek, député issue des rangs de SolidaritéS. Au vu du nombre de nos élus et de nos militants, il est normal que nous ayons un certain poids.»

(Pas) Ensemble à Gauche

Dans une ambiance délétère où fusent les accusations de «traître», de «renégat » - «on dirait les Borgias !», ironise Pierre Gauthier - ce dernier, membre de la composante «Défense des Aînés, du Logement, de l'Emploi et du Social», estime qu'il va bien falloir discuter de l'existence même de l'alliance sous sa forme actuelle. «La formule a fait son temps car les divergences concernent même les sujets de fond comme la laïcité. Mieux vaut faire exploser la coalition maintenant plutôt qu'à quelques mois des élections.» Un non-sens pour Maria Pérez, de SolidaritéS. Selon elle, l'incident de mercredi n'a rien à voir avec l'avenir d'EàG, un sujet sur lequel elle n'entend pas débattre.

Divergences habituelles

De son côté, Salika Wenger, députée d'EàG et membre du Parti du Travail, calme le jeu. Elle rappelle que des dissensions sont «normales» et qu'elles ont toujours existé à la gauche de la gauche. Même si elles ne s'affichaient pas aussi publiquement que maintenant. «Certains de nos membres n'ont pas encore l'habitude du travail politique et des confrontations que cela suppose. Ils doivent apprendre à gérer la pression.»

Le chef du groupe EàG au Grand Conseil admet pour sa part qu'il faudra peut-être revoir à terme la composition de la coalition. «Mais un regroupement à la gauche de la gauche est une nécessité électorale», estime Pierre Vanek. Il ne se dit cependant pas inquiet pour l'avenir de l'alliance: «Les divergences sur des sujets politiques ne me posent pas de problème. Mais la manière d'en débattre et les invectives me gênent.»

Sanction possible

Mercredi dernier au Municipal de la Ville, en plein débat sur la laïcité de l'Etat, Maria Pérez d'Ensemble à Gauche s'est couverte la tête par solidarité avec les femmes voilées, imitée par son chef de groupe Tobias Schnebli. Résultat: un tollé et une suspension de séance. Les deux élus risquent d'un à six mois de suspension de commissions pour avoir troublé la séance, estime le président du Conseil municipal. «J'ai demandé aux représentants d'EàG de se découvrir mais ils ont refusé, relève Carlos Medeiros. Les luttes intestines de l'extrême-gauche ont pris en otage le Conseil municipal!» Une décision de sanctionner ou pas les deux élus devrait être prise fin mars.

Ton opinion