Suisse: Les Eglises contre la révision de la loi sur l'asile
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SuisseLes Eglises contre la révision de la loi sur l'asile

La nouvelle loi sur l'asile ne plaît pas aux Eglises de Suisse.

Une vue de la cathédrale de Fribourg.

Une vue de la cathédrale de Fribourg.

Les Eglises de Suisse rejettent les mesures urgentes de la loi sur l'asile soumises au peuple le 9 juin. Elles jugent ces durcissements contraires à l'objectif clé du droit d'asile: la protection des personnes persécutées.

Il faut garantir des procédures d'asile équitables aux êtres humains en fuite, ont déclaré à l'unisson des représentants des trois Eglises nationales, protestante, catholique et catholique-chrétienne, lors d'une conférence de presse jeudi à Liebefeld, dans la banlieue bernoise.

Pour donner un poids symbolique à leur message, elles ont convié les médias dans les modestes baraquements d'un centre de requérants d'asile géré par l'Armée du Salut. Pour elles, cette thématique est fondamentale, l'Eglise ayant été tout au long de son histoire exposée à l'exil et à la persécution, a rappelé Philippe Woodtli directeur de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS).

Pour les intervenants, les dix révisions entreprises depuis l'entrée en vigueur de la loi en 1981 ont toutes visé un durcissement qui n'a rien changé à la donne: les personnes sont toujours contraintes de quitter leur pays et de demander l'asile en Suisse. La dernière mouture fait également fausse route.

Voyages dangereux

Deux points sont problématiques, a relevé l'abbé Martin Werlen, membre de la Commission nationale suisse Justice et paix liée à la Conférence des évêques suisses (CES). La nouvelle loi supprime la possibilité de déposer une demande dans les ambassades.

Les réfugiés doivent s'en remettre à des passeurs et dépensent des sommes astronomiques pour des voyages à hauts risques. Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) parle de plus de 1500 immigrés morts noyés en tentant de rejoindre l'Europe par la Méditerranée en 2011.

Deuxièmement, des centres spécifiques seront prévus pour des requérants d'asile délinquants. Cette réglementation est dangereuse dans le climat actuel de méfiance et de rejet car il ouvre la porte à l'arbitraire, a souligné Martin Werlen.

Pour la FEPS, refuser l'asile à ceux qui ont déserté est, pire, une mesure inutile. Ce seul critère n'a jamais suffi à obtenir le sésame jusqu'ici. Elle dénonce une mesure purement symbolique. Les «phases test» prévues dans la loi sont aussi inacceptables car elles permettront par exemple de réduire le délai de recours de 30 à 10 jours.

Dignité humaine

Les Eglises ne négligent pas pour autant le ras-le-bol exprimé par la population. Il ne s'agit pas de dire non à toute réglementation mais il faut exiger des lois respectueuses de la dignité humaine. «La concurrence des convictions politiques prend fin là où l'humanité est elle-même en jeu», écrivent-elles.

«Dans notre travail quotidien avec les personnes en quête d'asile, nous défendons les droits des plus faibles, une conviction qui n'a rien à voir avec les discours des partis politiques», a souligné Philippe Woodtli.

A l'image de l'Armée du Salut à Liebefeld, elles apportent un soutien dans les centres d'enregistrement et de procédure de la Confédération et financent majoritairement les services de conseil juridique. (ats)

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