Actualisé 12.10.2016 à 14:55

Affaire Emilie

Les employés de l'institution hors de cause

La justice a estimé que la Fondation des Buissonnets n'avait rien à se reprocher dans la disparition de la jeune autiste en 2013.

Nouveau rebondissement dans l'affaire de la jeune autiste disparue en 2013: la justice fribourgeoise met hors de cause les employés de la Fondation des Buissonnets à Fribourg. L'avocat du père et de la soeur a déjà annoncé qu'ils feront recours.

L'encadrement de la jeune Emilie et de deux autres résidents par un seul éducateur en fin de formation n'a révélé aucune négligence, indique le Ministère public fribourgeois mercredi dans un communiqué.

Une fugue imprévisible

Pour la justice, la fugue de la jeune fille était imprévisible. «Le dossier personnel d'Emilie ne contient strictement aucune mise en garde concernant un risque de fugue ou même un risque de se soustraire à la surveillance», écrit l'autorité d'instruction dans l'ordonnance de classement.

Elle estime qu'un éducateur suffisait pour s'occuper de trois enfants, dont Emilie. En effet, les faits se sont déroulés lors d'une période de loisirs dans un périmètre fermé, soit une cour intérieure, et il n'y avait pas de raison d'anticiper une fugue, ajoute M. Gasser.

Un éducateur en fin de formation

Il n'était toutefois pas exclu que l'éducateur doive gérer une crise de l'un ou l'autre enfant, peut-on lire dans l'ordonnance. Emilie pouvait, selon sa maman, réagir de cette manière aux changements, lit-on dans le document.

Ce dernier révèle encore qu'une collègue de l'éducateur en question lui a demandé «s'il se sentait de» sortir seul avec trois résidents, au cas où il fallait contenir une crise d'Emilie. L'éducateur incriminé était en fin de formation au moment des faits et l'avait déjà suivie une première fois avant de l'interrompre.

Institution pas fermée

La justice estime qu'on ne peut pas reprocher à la directrice de ne pas avoir verrouillé les accès qui ont permis à la jeune fille de quitter l'institution, poursuit le communiqué. La Fondation des Buissonnets n'est pas un établissement fermé, contrairement à une maison pour personnes en mesures pénales, précise l'ordonnance de classement.

D'après le procureur général, «il n'existe aucun lien de causalité entre l'avis éventuellement tardif par l'éducateur à la police et le décès d'Emilie». L'éducateur avait averti la police 40 minutes après la disparition d'Emilie, alors qu'une directive interne demande de l'aviser dans les 15 minutes.

D'après l'enquête, la jeune fille serait sortie du bâtiment en à peine 16 minutes. La police n'aurait donc pas pu empêcher la fuite de l'adolescente, même si l'éducateur avait suivi la directive, conclut le document.

Instruction «bâclée»

La procédure n'est pas définitivement classée et peut encore faire l'objet d'un recours: l'avocat du père et de la soeur de la défunte, Me Meier, a également annoncé mercredi qu'ils saisiront à nouveau la justice. Le magistrat dénonce une «instruction bâclée» et des lacunes dans les actes d'enquête.

Malgré une procédure défaillante, les éléments d'investigation montrent déjà de graves négligences qu'il faut soumettre à un tribunal indépendant, argue Me Nicola Meier. «Ce n'est certainement pas au procureur général, qui n'a jamais voulu instruire ce dossier, de statuer sur le fond de cette affaire».

Fabien Gasser rétorque que le Ministère public est en droit de classer une affaire lorsque les chances d'acquittement sont nettement supérieures au risque de condamnation. Ce qui est le cas dans cette affaire.

Second recours

Les recourants ont dix jours pour s'adresser à la Chambre pénale du Tribunal cantonal, laquelle confirmera l'ordonnance de classement ou annulera l'acquittement décidé par le procureur général et lui renverra le dossier afin de poursuivre l'enquête.

A la suite d'une non-entrée en matière du Ministère public en janvier 2015, le père et la soeur de la défunte avaient fait un premier recours auprès du tribunal cantonal. Début 2016, un éducateur et la directrice de la fondation avaient alors été prévenus d'homicide par négligence et d'exposition.

Après avoir disparu de l'institution spécialisée le 12 novembre 2013, la police avait retrouvé le corps d'Emilie, alors âgée de 15 ans, dans le lac de Schiffenen début février 2014. Elle souffrait d'autisme et de retard mental. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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