Les enfants oubliés des prisons haïtiennes
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Les enfants oubliés des prisons haïtiennes

En Haïti, des dizaines d'enfants croupissent dans des prisons sordides, souvent depuis plusieurs années et sans espoir d'une libération prochaine.

L'ONU a recommandé à Port-au-Prince des mesures urgentes.

Dans une prison pour mineurs à Port-au-Prince, ce sont 130 jeunes garçons qui se partagent quatre petites cellules normalement prévues pour héberger 26 personnes. Derrière les barreaux, la bousculade est de rigueur lorsqu'il s'agit de trouver une place pour dormir dans des lits superposés sans couverture et aux matelas déchirés.

«Les conditions de détention sont difficiles, la prison est trop petite pour le nombre de détenus», reconnaît l'inspecteur Paul Colson Heurtelou, directeur du centre de détention des mineurs. Ce qui devrait être un centre de réhabilitation et de rééducation est en fait un enfer pour des jeunes qui y passeront pour certains jusqu'à trois ou quatre ans.

Préventive

«98% des jeunes détenus n'ont jamais été présentés à un juge, ils sont pour plusieurs d'entre eux, après plus de deux ans, toujours en détention préventive», se plaint Massimo Toschi, membre de l'Unité de la protection de l'enfance de l'ONU en Haïti. «C'est une violation de la loi haïtienne et des lois internationales qui interdisent d'incarcérer des mineurs», dénonce-t-il.

Comme pour les autres catégories de détenus, l'ONU critique la défaillance des systèmes étatiques (justice, police) qui provoque une surpopulation dans les centres de détention en Haïti.

Dans le cas des mineurs, la situation est «grave et inquiétante». Ces enfants vont passer des années en prison parfois pour avoir commis un simple petit délit. «Sans encadrement, ils peuvent se transformer en criminels», avertit un assistant.

Embryon d'aide

Le directeur de la prison pour adolescents fait ce qu'il peut pour offrir à ses pensionnaires des heures de loisir. «J'organise un 'camp d'été' pour eux. Ils bénéficient de plus de temps de jeux, d'heures de formation à un petit métier: cordonnerie, ébénisterie ou couture», explique Paul Colson Heurtelou. «C'est la seule prison en Haïti où l'on mange trois fois par jour», ajoute-t-il.

«Nous sommes préoccupés par la situation des mineurs en prison et l'ONU est en train d'accorder une grande attention à la justice des mineurs. Il faut trouver des réponses», admet l'Unité de la protection de l'enfance de l'ONU en Haïti.

Petit couturier

En attendant de connaître son sort, Berthomieux, 17 ans, incarcéré depuis deux ans, profite de l'accompagnement d'un assistant pour apprendre la couture. Aujourd'hui le garçon qui fréquentait l'école avant de se faire appréhender dans une affaire d'enlèvement peut confectionner ses propres vêtements.

«Je couds aussi pour des policiers. Le chef du poste porte le pantalon que je lui ai confectionné», dit-il avec fierté, ciseaux à la main. «Ils peuvent m'évaluer, ils verront que j'ai changé», fait- il valoir. Mais même si ses geôliers reconnaissent en lui un garçon très discipliné, ils ne pourront pas le libérer. «Seule la justice peut décider», souligne le directeur de la prison. (ats)

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