12.07.2018 à 18:39

VaudLes enfants placés tardent à obtenir leur dû

Des personnalités font pression pour accélérer le traitement des dossiers de victimes de placement abusifs, dont certaines sont déjà âgées.

de
Doreen Enssle
Parmi les enfants placés jusqu'en 1980, plus de 15'000 sont encore vivants.

Parmi les enfants placés jusqu'en 1980, plus de 15'000 sont encore vivants.

Keystone/Lukas Lehmann

«C'est la double peine!», a asséné la conseillère nationale Verte Lisa Mazzonne devant la presse jeudi à Lausanne. A la souffrance endurée par la passé viennent s'ajouter «des tracasseries administratives».

Les enfants retirés à leur parents et placés dans des foyers ou des familles jusque dans les années 1980 sont en effet confrontés à la lourdeur de procédure administrative pour obtenir réparation, dénoncent des militants et élus dans une lettre adressée au président de la Confédération Alain Berset.

A l'issu du délai de dépôt des requêtes, fin mars, l'Office fédéral de la justice (OFJ) avait reçu 9018 demandes de contribution de solidarité de 25'000 francs par personne. Problème: les derniers dossiers seront clos seulement en mai 2021. Parmi les 12'000 à 15'000 victimes encore en vie, «beaucoup sont âgées ou malades, et risquent de ne jamais voir la couleur de leur argent», s'insurge l'avocat Luc Recordon, ancien conseiller aux Etats et membre du comité de l'initiative pour la réparation.

Plus de forces

Dans sa lettre, le groupe réclame des forces supplémentaires pour le traitement des demandes. Objectif: aboutir à une décision «dans quelques mois». Si elle est signée exclusivement par des romands, comme l'écrivain Alexandre Jollien, le militant et ancien enfant placé Clément Wielly ou le président de l'association de défense des handicapés Procap Laurent Duvanel, la missive concerne tout la Suisse, précisent ses instigateurs.

De son côté, l'OFJ évalue en priorité les demandes de demandes de personnes malades ou âgées, soit plus de 75 ans. Début juin, il indiquait avoir déjà traité 1400 dossiers, et que 2500 autres cas seront pris en compte d'ici mi-2019.

Rencontre historique d-enfants placés

Quelque 800 ex-enfants placés et autres victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance se sont rencontrés samedi 30 juin 2018, à Mümliswil (SO).

Autour de la table, on pointe aussi du doigt «la réponse extrêmement formaliste» et le «laxisme» de l'Etat face à une situation hautement émotionnelle. Et de relever les initiatives comme celle du canton de Vaud, qui «a pu atténuer la rigueur de la procédure», assure Raphaël Mahaim, député écologiste au Grand conseil vaudois. Par exemple, en versant rapidement une aide d'urgence de 12'000 francs jusqu'en 2015.

Travail forcé

La compensation financière n'atténue pas la colère de Daniel Cevey, retiré de sa mère bébé, puis placé dans une famille à Chexbres (VD). «A 10 ans, j'ai pu aller à l'école, mais on me mettait au fond, on m'oubliait». Il travaille ensuite dans un parc avicole sans jamais recevoir un sou pour son labeur. «Un de mes patrons me battait», raconte l'homme, aujourd'hui âgé 75 ans.

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