Genève: Les entreprises disent leur malaise face à Maudet
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GenèveLes entreprises disent leur malaise face à Maudet

Soucieux de leur image, les milieux entrepreneuriaux veulent éviter d'apparaître avec le conseiller d'Etat décrié, chargé du développement économique.

par
David Ramseyer
Le conseiller d'Etat genevois Pierre Maudet (PLR).

Le conseiller d'Etat genevois Pierre Maudet (PLR).

Keystone/Martial Trezzini

Un «climat lourd», un «malaise» patent et des «sourires gênés» rythment depuis plusieurs semaines rencontres et assemblées du monde économique, lorsqu'y apparaît Pierre Maudet. C'est ce qu'affirment les principales faîtières du canton, qui regroupent des milliers d'entreprises. Et ce, alors que le conseiller d'Etat, mis en prévention dans deux dossiers (cf. encadré) et délesté de la plupart de ses attributions, est désormais à la tête d'un mini-département, celui du développement économique.

Une situation que l'élu considère pourtant comme «une chance de pouvoir consacrer davantage de temps pour rencontrer patrons et entrepreneurs», ainsi qu'il l'avait déclaré lors de la présentation de la réorganisation du Conseil d'Etat, le 23 janvier dernier.

Confiance brisée et suspicion

Si personne n'entend préjuger d'une éventuelle culpabilité du magistrat PLR, beaucoup font le constat, sans animosité, d'une réputation mise à mal. «Une majorité de nos membres n'ont plus envie de s'afficher avec lui. C'est une question d'image pour eux», certifie un responsable d'un grand groupement patronal. Il évoque aussi la «déception» et une confiance brisée par les mensonges de Pierre Maudet: «On sent chez certains de l'amertume, le sentiment d'avoir été trompés».

Au sein d'une des principales associations économiques genevoises, un haut cadre confirme que «les gens ont tendance à fuir le conseiller d'Etat. Ils tiennent à leur réputation; ils rechignent par exemple à être pris en photo avec Pierre Maudet. Avant, on devait se frayer un chemin pour lui serrer la main. Ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, il est seul, ça se voit». D'autres grandes faîtières confirment le malaise et une atmosphère de «suspicion» à l'égard du magistrat.

Une suspicion qui apparaît aussi dans les échanges avec nos interlocuteurs. Quasi personne n'ose s'exprimer à visage découvert. «Nous n'avons pas le choix, souffle le responsable d'une association professionnelle. Il est conseiller d'Etat, on doit malgré tout continuer à travailler avec lui. De plus, il conserve un réseau puissant. Certains craignent de rester sur la touche s'ils le critiquent frontalement.»

Un souci que ne rencontre pas le président de la section genevoise de la Société suisse des entreprises, surtout active dans le gros oeuvre. «Nos membres ont une attitude bienveillante envers Pierre Maudet, assure Pierre-Alain L'Hôte. Dans notre domaine d'activité, il a beaucoup fait en matière de sécurité et de surveillance du marché de l'emploi. Le magistrat a toujours été pour nous un partenaire fiable et loyal.»

Et maintenant?

Au final, le malaise entre le monde économique et le conseiller d'Etat impacte-t-il la marche des affaires des entreprises? Pour l'instant non, estiment nos interlocuteurs. Le président de la Fédération des métiers du bâtiment, Serge Hiltpold, note cependant que le magistrat PLR est par exemple peu présent dans la campagne pour la votation du 19 mai sur la réforme fiscale (RFFA), même si ce type de scrutin est porté en priorité par le Département des finances. «Pour défendre le dossier, le monde économique compte visiblement plus sur la conseillère d'Etat Nathalie Fontanet et son collègue Thierry Apothéloz, chargé de la cohésion sociale, que sur Pierre Maudet.»

Enfin, la situation actuelle pourrait influer à terme sur les affaires économiques du canton, juge un organisme important au bout du lac: «Lorsqu'une multinationale veut s'implanter à Genève, ses dirigeants souhaitent souvent rencontrer le ministre en place. Un ministre sur lequel ils se renseignent en amont. Le cas Maudet pourrait évidemment poser problème...»

Un élu dans la tourmente

Le conseiller d'Etat PLR est aujourd'hui doublement mis en prévention pour acceptation d'un avantage. D'abord dans l'affaire de son voyage controversé à Abu Dhabi, en 2015. Un voyage initialement présenté comme totalement privé, avant que Pierre Maudet ne finisse par avouer avoir menti sur la nature et le financement de son déplacement aux Emirats. Le second volet judiciaire porte sur les sommes versées par le groupe hôtelier Manotel au discret Cercle Fazy-Favon et à l'Association de soutien au magistrat chargé du développement économique.

Alors que les directions suisse et cantonale de son parti, notamment, ont appelé à sa démission du Conseil d'Etat, l'élu a toujours refusé de s'en aller. L'Exécutif cantonal l'a cependant dessaisi de la plupart de ses prérogatives. Le 15 janvier dernier, l'assemblée générale du PLR genevois a réitéré sa confiance à Pierre Maudet, à une courte majorité.

"Des attaques anonymes et politisées"

Pierre Maudet balaie la suspicion dont il fait l'objet. "Ce que je relève, c'est le caractère anonyme des pseudo-attaques provenant de certains milieux politisés, ce qui ne m'étonne pas..." Le magistrat PLR embraie: "Pour ma part, je rencontre quotidiennement les entreprises sur le dossier RFFA et sur d'autres sujets qui les concernent. Leurs dirigeantes et dirigeants, avec qui j'entretiens d'excellents rapports, me parlent très ouvertement de leurs préoccupations et de leurs attentes vis-à-vis des autorités genevoises". Sur le dossier RFFA, Pierre Maudet juge par ailleurs "tout à fait normal que Mme Fontanet, en tant que ministre des finances, soit médiatiquement en première ligne".

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