Actualisé 27.03.2008 à 17:47

Les Etats-Unis annulent la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal

La justice américaine a confirmé jeudi l'annulation de la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal, icône internationale de la lutte contre la peine capitale.

Les juges ont toutefois réaffirmé sa culpabilité dans le meurtre d'un policier en 1981.

Par 2 voix contre 1, la cour d'appel fédérale de Philadelphie a refusé d'accorder un nouveau procès à Mumia Abu-Jamal, un ancien journaliste radio et militant des «black panthers», aujourd'hui âgé de 53 ans. Ce dernier clame son innocence dans le meurtre en 1981 du policier Daniel Faulkner à Philadelphie.

La condamnation à mort sera commuée automatiquement en réclusion criminelle à perpétuité, à moins que l'accusation ne se présente à nouveau devant un jury pour tenter d'obtenir la peine de mort.

«Décision dévastatrice»

Le comité de soutien du condamné a dénoncé une «décision dévastatrice». Il a appelé à plusieurs manifestations, vendredi à New York et le 26 avril à Philadelphie.

Les juges ont estimé que lors du procès de 1982, les instructions données aux jurés ont pu leur faire croire qu'ils devaient d'abord s'accorder à l'unanimité sur les circonstances atténuantes pouvant épargner au condamné la peine capitale, alors que la procédure est en fait moins restrictive.

Concernant la culpabilité, la cour d'appel, qui n'est pas chargée de se prononcer sur le fond mais sur la forme, a rejeté les arguments dénonçant des violations des droits de la défense.

Deux Noirs dans le jury

Mumia Abu-Jamal contestait notamment le fait que 10 des 15 récusations de jurés potentiels prononcées par l'accusation aient concerné des Noirs. Plusieurs décisions de la Cour suprême américaine interdisent en effet de récuser un juré potentiel en raison de la couleur de sa peau. Le jury final comportait dix Blancs et deux Noirs.

Jeudi, la cour d'appel a rejeté cet argument, relevant que la défense n'avait soulevé ce point de procédure qu'en 1989, et estimant qu'elle n'avait pas présenté suffisamment d'éléments laissant penser que les récusations étaient dues à la race des jurés potentiels.

Nombreux sont les partisans de Mumia Abu-Jamal à estimer que l'ancien journaliste militant de la cause des Noirs a été victime d'un procès politique et de forts préjugés racistes. Selon eux, le juge présidant le procès de 1982 aurait déclaré à l'époque: «Je vais les aider à faire frire ce nègre».

De plus, la défense fait valoir qu'en 1999, un certain Arnold Beverly a avoué à la justice avoir été engagé par la mafia de la ville pour assassiner M. Faulkner en 1981, parce que ce policier enquêtait de trop près sur certaines figures du crime organisé.

Citoyen d'honneur

Ces arguments, accompagnés des photos de Mumia Abu-Jamal arborant fièrement de longues tresses rastas, ont fait du condamné une icône de la lutte contre la peine de mort. La ville de Paris l'a élevé au rang de citoyen d'honneur en 2003, et une rue de Saint- Denis, en banlieue parisienne, porte son nom.

La ville de Philadelphie a déposé plainte en 2006 contre ces deux villes pour «apologie du crime». (ats)

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