Actualisé 19.01.2010 à 09:47

Scanners corporels

Les Etats-Unis avancent en terrain miné avec les Européens

Intolérable atteinte à la dignité humaine ou parade contre le terrorisme: les avis sur les scanners corporels sont très tranchés en Europe, et Washington va avoir fort à faire pour convaincre les gouvernements de l'UE d'imposer ce type de contrôles dans leurs aéroports.

La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, va tenter de convaincre ses homologues européens lors d'une réunion jeudi à Tolède, en Espagne.

Mais elle arrive en terrain miné et à un mauvais moment. Les autorités américaines ont été contraintes de s'excuser platement auprès d'un député écolo-communiste espagnol, Gaspar Llamazares, dont une photographie a été utilisée par le FBI pour élaborer un portrait robot d'Oussama ben Laden vieilli.

Cette affaire donne des arguments de poids aux détracteurs de Washington, convaincus que les autorités américaines font un mauvais usage des données personnelles obtenues.

Trouver un consensus

«Cette réunion doit permettre de trouver un consensus», a assuré une responsable américaine. «Mme Napolitano ne veut rien imposer. Elle vient écouter ses homologues et discuter des moyens de travailler ensemble face à un défi qui nous concerne tous».

Les Européens ne disent pas non aux scanners corporels, mais ils posent des conditions, notamment l'obligation de détruire les images. Leur hantise est une «frénésie sécuritaire» qui verrait les capitales de l'UE agir en ordre dispersé et équiper leurs aéroports sans concertation.

Car deux Etats ont déjà pris les devants: le Royaume-Uni et les Pays Bas, «les deux pays les plus sensibles aux pressions américaines», a commenté, narquois, un diplomate européen. «Mais pour l'instant nous recherchons toujours une position commune», a-t- il souligné.

Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, insiste sur cette démarche. «Il est probable que cette position aille dans le sens d'un renforcement de la sécurité, du contrôle des passagers dans les aéroports», a-t-il dit dans un entretien publié samedi par «El Pais».

La tentative d'attentat sur un vol Amsterdam-Detroit à Noël «a contraint à reconsidérer un renforcement du système de sécurité du transport aérien», a-t-il expliqué. L'auteur de la tentative, un jeune Nigérian, portait sur lui des explosifs non décelés lors des contrôles.

Position commune

Mais l'Espagne assure ne vouloir prendre aucune décision tant que les 27 n'auront pas adopté de position commune.

Or les approches sont très divergentes. Si Londres et La Haye ont pris les devants et que la République tchèque s'est dite «favorable» aux scanners corporels, les autres pays se montrent plus circonspects. La France et l'Italie vont seulement «expérimenter» ces appareils. D'autres, notamment l'Allemagne, sont beaucoup plus réservés.

Les institutions européennes ne vont pas faciliter la tâche à Washington. Les députés européens ont voté une résolution en 2008 contre l'usage des scanners corporels et il faudra qu'ils acceptent de modifier leur position.

C'est loin d'être acquis, car nombre d'élus sont de farouches adversaires de cette technologie qu'ils jugent intrusive et dégradante. Certains dénoncent même une forme de voyeurisme, car les appareils dénudent les personnes contrôlées.

La nouvelle commissaire à la Justice, la Luxembourgeoise Viviane Reding, est allée dans leur sens pour obtenir leur soutien durant son audition, fustigeant la peur, mauvaise conseillère. Son homologue chargé des Transports, l'Estonien Siim Kallas, a lui aussi jugé que les scanners corporels n'étaient «pas la panacée».

(ats)

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