Les Etats-Unis font toujours plus de sans-abri

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Les Etats-Unis font toujours plus de sans-abri

Lisa Rivera, 32 ans, dort à l'étroit avec ses quatre enfants dans un foyer à Amherst, dans le Massachusetts. Le nombre de sans-abri ne cesse d'augmenter aux Etats-Unis.

Son cas est loin d'être isolé: le nombre de sans-abri a augmenté dans cet Etat du nord-est des Etats-Unis, et cette évolution pourrait bien illustrer une tendance de fond dans le pays, en proie à une crise immobilière.

On recensait 1800 familles sans abri dans les foyers du Massachusetts la semaine dernière, soit 400 de plus qu'en juin 2006 et 600 de plus qu'en juin 2005, selon des statistiques officielles. Jamais ce chiffre n'a été aussi élevé depuis la mise en place du programme d'hébergement en foyer dans cet Etat en 1983, selon la Coalition pour les sans-abri du Massachusetts (MCH).

Le tableau est beaucoup moins clair pour l'ensemble du pays, faute de données précises dans de nombreux Etats. Selon le département américain du Logement et de l'Urbanisme, les Etats-Unis comptent 750'000 sans-abri, dont 40% de familles, souligne Philip Mangano, directeur du Conseil interagence sur le problème des sans-logis. Le nombre global de sans-abri est plus élevé qu'il y a quelques années, ajoute-t-il, mais personne ne peut donner un chiffre exact pour les familles concernées.

Julie Kehoe, commissaire du département du Massachusetts pour l'assistance provisoire, attribue le phénomène à divers facteurs: coût du logement élevé, bas salaires, augmentation des saisies de biens immobiliers et réduction des aides au logement. Il y a deux ans, les députés de l'Etat ont également durci les condition d'accès aux aides pour les sans-abri, ajoute-t-elle.

«Nous craignons beaucoup que (le problème) ne continue», explique Mme Kehoe. «Tant qu'il n'y aura pas d'investissements dans des logements bon marché et une certaine souplesse dans l'utilisation de nos ressources, il n'y aura pas de baisse de ces chiffres.»

Lisa Rivera trouve refuge la nuit dans une chambre du Jessie's House, avec ses quatre enfants. Elle dort avec sa fille de 9 ans, ses trois autres enfants âgés de 1 an et demi à 14 ans occupant des lits séparés. «Il est difficile de dormir tous ensemble», avoue-t-elle. «Parfois, c'est très dur.»

Mme Rivera a perdu son appartement à Spingfield en 2005 lorsque les autorités lui ont retiré la garde de ses enfants après une affaire de mauvais traitements impliquant le père du plus jeune de ses enfants, explique-t-elle. Ne recevant plus d'allocations familiales, elle ne pouvait plus payer le loyer.

Elle a emménagé chez des amis, travaillé dans une station-service, a suivi des cours pour devenir secrétaire médicale et s'est battue en justice pour récupérer ses enfants. Un juge lui a finalement donné gain de cause, mais sans domicile, la famille a erré de foyer en foyer.

Le Conseil des ouvriers agricoles de Nouvelle-Angleterre, une organisation à but non lucratif, l'aide à chercher à un logement permanent. Mme Rivera, dispose de 1.400 dollars (1.000 euros), aide sociale comprise.

Le Conseil impose aux familles de ne pas payer un loyer supérieur à 50% de leurs revenus. Mais les loyers dans la région de Springfield oscillent de 800 à 1.300 dollars (565 à 920 euros) par mois. «Un travail au salaire minimum pour 40 heures par semaine ne suffit pas à payer le loyer», souligne Tom Salter, un responsable de l'organisation.

Il existe des aides au paiement du loyer accordées par le Massachusetts pour les familles sans abri qui retrouvent un toit, mais elles sont souvent difficiles à obtenir. Le Massachusetts ne dépense plus que 30 millions de dollars par an en allocations logement au lieu de 120 millions il y a 15 ans, selon Mme Kehoe.

De nombreuses familles américaines pâtissent de la récente crise des crédits immobiliers à haut risque, qui a fait grimper le montant de leurs remboursements d'emprunt. Certains, ne pouvant plus payer, ont vu leur bien saisi. «Même si la plupart des sans-abri n'étaient pas des propriétaires, beaucoup vivaient dans des logements qui ont été saisis», souligne Robyn Frost, directeur exécutif de la MCH. (ap)

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