Kadhafi sur la défensive: Les Etats-Unis gèlent les avoirs du clan Kadhafi
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Kadhafi sur la défensiveLes Etats-Unis gèlent les avoirs du clan Kadhafi

Décidé à faire plier Kadhafi et à mettre fin à sa «cruauté contre son peuple», Barack Obama a décidé vendredi le gel de ses avoirs aux Etats-Unis et ceux de sa famille.

Mouammar Kadhafi, menacé de poursuites pour crimes contre l'humanité par la communauté internationale qui tente de mettre fin à la répression sanglante en Libye, était sur la défensive vendredi, tandis que de Tunis à Bagdad la population continuait à manifester dans le monde arabe.

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni vendredi et est tombé d'accord pour s'efforcer d'adopter une résolution imposant des sanctions contre le régime de Kadhafi tandis que les Etats-Unis ont gelé ses avoirs et ceux de ses quatre fils.

Un projet de résolution du Conseil de sécurité, rédigé par les Occidentaux, l'avertit que «les attaques étendues et systématiques qui ont lieu actuellement en Libye contre la population civile peuvent être assimilées à des crimes contre l'humanité».

Les violences dans ce pays ont fait de 300 à plus de 1.000 morts, selon les sources.

«La violence doit cesser», a affirmé le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui, évaluant à mille le nombre de morts, a appellé le Conseil à prendre des mesures «décisives».

«S'il vous plaît, Nations unies, sauvez la Libye», a quant à lui imploré l'ambassadeur de Libye à l'ONU, Mohammed Shalgham, après avoir fait défection. Il est important que «le Conseil de sécurité prenne maintenant une vraie décision pour arrêter l'effusion de sang», a-t-il affirmé.

Kadhafi appelle à prendre les armes

Pris entre l'opposition armée qui affirme avoir libéré la région pétrolifère de l'Est, autour de Benghazi, et des combats violents à l'Ouest, le colonel Kadhafi a demandé vendredi à ses partisans de se préparer à «défendre la Libye», selon des images diffusées par la télévision d'Etat.

«Nous allons nous battre et nous les vaincrons» et «s'il le faut, nous ouvrirons tous les dépôts d'armes pour armer tout le peuple», a-t-il lancé à la foule sur la place Verte à Tripoli.

Les forces loyales au régime ont tiré vendredi sur des manifestants dans la capitale, faisant au moins deux morts dans le quartier populaire de Fachloum, selon un témoin. La télévision officielle l'a démenti.

«Ils tirent sur des civils sans armes qui sortent de la prière», a déclaré à l'AFP un habitant du quartier résidentiel de Ben Achour.

Jeudi, Kadhafi avait accusé ses opposants d'être téléguidés par la nébuleuse Al-Qaïda et d'être «drogués».

Les partisans du «Guide», au pouvoir depuis plus de 40 ans, sont concentrés à Tripoli, où la milice Khamis disposerait de 9.000 combattants, de chars et d'avions, selon des informations non confirmées.

Des mutineries ont affecté l'armée, selon plusieurs sources.

«Le peuple veut la chute du régime»

Dans l'est du pays, à Tobrouk, un millier de personnes brandissant des drapeaux de la monarchie du roi Idriss Senoussi, symbole de l'insurrection, ont manifesté. «Libye libre, Kadhafi dehors», ont-ils lancé.

Musratha, troisième ville du pays à 150 km à l'est de Tripoli, a été désertée par les partisans de Kadhafi, mais des combats ont fait de nombreux morts sur une base aérienne proche, selon un habitant.

A Benghazi, les opposants ont formé un conseil municipal pour rétablir l'ordre et remettre en route les services publics.

Gel des avoirs de Kadhafi

A l'étranger, l'indignation et l'inquiétude s'amplifient. Le régime libyen semble être lâché par ses pairs arabes et les démissions de ses ambassadeurs se multiplient.

Le président américain Barack Obama a signé un décret présidentiel gelant les avoirs et bloquant les propriétés aux Etats-Unis du colonel Kadhafi et de ses quatre fils.

«Le régime de Mouammar Kadhafi a baffoué les normes internationales et la morale élémentaire. Il doit être tenu responsable», a affirmé Obama dans un communiqué.

Washington a par ailleurs annoncé la fermeture provisoire de son ambassade à Tripoli, faute de pouvoir assurer la sécurité de ses diplomates.

«Monsieur Kadhafi doit partir», a souligné le président français, Nicolas Sarkozy, en visite à Ankara.

Plans d'urgence de l'UE

L'Otan et l'Union européenne se sont concertées vendredi en Hongrie.

L'UE est tombée d'accord pour décréter un embargo sur les ventes d'armes et de matériel de répression ainsi que pour geler les avoirs et interdire de visa Kadhafi et ses proches, selon des sources diplomatiques.

Les Européens préparent des «plans d'urgence» pour contrôler l'espace aérien libyen mais ils ont «d'abord besoin d'une résolution du Conseil de sécurité» l'y autorisant, selon un diplomate présent à la réunion.

Flux croissant des migrants

Depuis lundi 40.000 à 50.000 migrants ont fui la Libye par les frontières terrestres et leur flux s'accroît, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). La préoccupation est particulièrement vive pour les dizaines de milliers d'employés originaires de pays pauvres comme le Bangladesh ou les Philippines.

Quelque 7.408 personnes ont franchi la frontière tunisienne de Ras Adjir, selon l'OIM, dont un millier vendredi, surtout des Egyptiens. D'autres entrent en Algérie par des postes frontières dans le désert.

De nombreux pays, dont la Chine, les Etats-Unis et les Européens, mais aussi l'Indonésie et l'Inde, évacuent massivement leurs ressortissants.

Le Programme alimentaire mondial de l'ONU a averti que la chaîne d'approvisionnement alimentaire en Libye qui «importe pratiquement tous ses vivres, risque de s'effondrer».

Manifestations dans le monde arabe

Ailleurs dans le monde arabe, plusieurs pays ont connu une nouvelle «journée de la colère» en faveur de réformes et contre la corruption et le chômage.

A Tunis plus de 100.000 personnes, selon la police, ont réclamé le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi. Des incidents ont éclaté à la fin du rassemblement et la police a tiré en l'air pour tenter de disperser les derniers manifestants.

Il s'est agi de «la plus grande manifestation depuis la chute de Ben Ali», le 14 janvier, selon le Croissant-Rouge et des manifestants, .

Le gouvernement a annoncé la tenue d'«élections au plus tard mi-juillet».

En Irak, la «Journée de la colère» a entraîné la mort par balles de neuf manifestants lors d'affrontements avec les forces de sécurité, dont cinq à Mossoul (nord).

Dans le sud du Yemen, à Aden, la police a tiré à balles réelles contre des manifestants qui réclamaient le départ du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. Les affrontements ont fait trois morts et 40 blessés.

A Bahreïn, des milliers de personnes ont envahi les rues de Manama, à l'appel de religieux chiites, exigeant de nouveau des réformes politiques.

En Jordanie, ils étaient tout autant pour réclamer à Amman «des réformes constitutionnelles», dans le plus grand rassemblement depuis le début de la contestation dans ce pays en janvier.

Chavez soutient le gouvernement libyen

Le président vénézuélien Hugo Chavez a affirmé vendredi qu'il soutenait le gouvernement libyen mais qu'il n'appuyait pas nécessairement toutes les décisions du colonel Mouammar Kadhafi tout en souhaitant la paix pour la Libye.

«Moi, je ne peux pas dire que j'appuie, je soutiens et j'applaudis toute décision quelle qu'elle soit que prend un ami quel qu'il soit où que ce soit dans le monde», a indiqué Chavez au cours d'un conseil de ministres transmis par la chaîne de télévision d'Etat VTV.

«Mais oui, nous appuyons le gouvernement de Libye, l'indépendance de la Libye. Nous voulons la paix pour la Libye et nous devons nous opposer radicalement aux volontés d'intervention», a-t-il ajouté.

Le Venezuela et la Libye se sont fortement rapprochés ces dernières années, au point que Chavez avait déclaré lors d'une visite de Kadhafi dans son pays en 2009, qu'ils étaient «unis dans un même destin, dans la même bataille contre un ennemi commun», l'impérialisme américain.

Le président vénézuélien a précisé qu'il n'avait pas pu entrer en contact avec Kadhafi depuis le début de la révolte et a indiqué préférer «garder un silence prudent» vu la «désinformation» sur les événements en Libye.

Il a affirmé qu'il avait l'impression qu'il existait «un risque de guerre civile en Libye» et a estimé que les déclarations des Etats-Unis et d'autres pays tenaient du «cynisme» et de la «manipulation».

Jeudi, Chavez avait déja évoqué le risque de guerre civile en Libye.

«Vive la Libye et son indépendance! Kadhafi est confronté à une guerre civile», avait-il déclaré sur son compte Twitter, alors que la vague de violences en Libye a déjà fait plusieurs centaines de morts, de 300 à un millier selon les sources.

TSR

Discours de Mouammar Kadhafi du 22 février 2011

(afp)

Yémen

Des chefs d'importantes tribus yéménites, dont celles de Hached et de Baqil, ont annoncé samedi qu'ils se joignaient à la contestation contre le président Ali Abdallah Saleh, lors d'un imposant rassemblent au nord de Sanaa, ont indiqué des sources tribales.

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