Suisse: Les étrangers tentent l'aventure de l'entreprise
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SuisseLes étrangers tentent l'aventure de l'entreprise

Les étrangers peinent à se trouver un emploi et sont nombreux à monter leur propre entreprise. Et font souvent faillite.

par
Pascal Schmuck
Zurich
De nombreux étrangers tentent leur chance dans la construction.

De nombreux étrangers tentent leur chance dans la construction.

photo: Keystone

Les étrangers qui arrivent en Suisse se heurtent souvent à la réalité du marché de l'emploi. En conséquence, ils sont nombreux à tenter l'aventure de leur propre entreprise, explique le Tages-Anzeiger dans son édition du 4 octobre.

Le quotidien zurichois a mandaté l'agence d'informations économiques Crif pour avoir une idée de l'impact de ces entreprises en Suisse. Il en ressort que durant la dernière décennie, près de 400'000 sociétés ont vu le jour, dont 30% créées par des étrangers. Un chiffre à mettre en corrélation avec le fait que 25% de la population en Suisse n'a pas de passeport helvétique.

Le seuil des cinq ans

Parmi les étrangers, ce sont surtout les Allemands, les Italiens et les Français qui se lancent dans l'aventure mais également de nombreux Slovaques, Indiens ou encore Danois.

Mais tous ne connaissent pas le succès puisque la moitié d'entre eux doit mettre la clé sous la porte après cinq ans, comme le montrent les statistiques de l'Office fédéral de la statistique (OFS). Le Crif ajoute que sur dix ans, près de 39'000 sociétés ont cessé leurs activités, soit près de 10% du total des créations d'entreprises.

Les Balkans osent

En Suisse, il apparaît que ce sont surtout les ressortissants des Balkans qui doivent jeter l'éponge mais ils sont également ceux qui créent souvent leur propre boîte. Le Crif montre qu'il y a en Suisse beaucoup plus de faillites d'entreprises dont le propriétaire a des origines serbes. Sur 4700 créations, 1300 se sont terminées en fiasco. Même constat pour les ressortissants turcs ou sri-lankais.

Les chiffres montrent que face à la quasi-impossibilité pour ces étrangers de trouver un emploi en Suisse, ils préfèrent tenter leur chance en indépendants, souvent dans les mêmes branches. Les taux de faillites dans la construction, la restauration, les garages automobiles ou les revendeurs de voitures sont donc élevés.

Bons pour la vie des quartiers

Outre leur manque de connaissances de la vente, les marges sont faibles dans ces activités mais beaucoup d'étrangers sont prêts à s'investir pour de faibles revenus. «Dans de nombreuses cultures, posséder sa propre échoppe est perçu comme une garantie de revenus», explique Thomas Kessler, responsable du développement urbain à Bâle-Ville. C'est également un gage de réussite au sein de la communauté.

Il n'est donc pas rare de voir des magasins ouverts jusqu'à 22 heures, mettant un peu de vie dans certains quartiers. Mais le risque est considérable car les fonds proviennent souvent de la famille et en cas de faillite, ce sont plusieurs personnes qui rencontrent des problèmes financiers.

Moins pour les secondos

L'engagement des étrangers peut déboucher sur de belles réussites, comme l'a relevé Bilanzdans sa liste des «100 Suisses les plus riches de moins de 40 ans». On retrouve par exemple l'Italien Francesco Dell'Endice, fondateur de Qualy Sense, ou encore l'Indien Tej Tadi, à la tête de la start-up Mindmaze et le Serbe Vladimir Cmiljanovic, qui a fondé l'entreprise pharmaceutique Pliqur.

L'intégration en Suisse se déroule rapidement, et elle est synonyme de promotion sociale. Les étrangers de deuxième et de troisième génération n'ont souvent plus envie de tenter l'aventure de créer leur propre entreprise. Ils bénéficient en effet d'une meilleure formation que leurs parents et trouvent donc plus facilement des emplois. Sans compter qu'ils maîtrisent également mieux les langues nationales.

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