Actualisé 07.11.2008 à 18:50

Crise financière

Les Européens serrent les rangs face à la crise

Face à une récession annoncée, les Européens sont parvenus vendredi à resserrer les rangs sur la réforme du système financier mondial en vue du sommet du G20 du 15 novembre à Washington.

Ils adopté une une position commune et réclament un deuxième sommet mondial fin février.

Les dirigeants européens sont «tous d'accord sur la nécessité absolue d'une coordination des politiques économiques» pour faire face à la crise, a déclaré le président français Nicolas Sarkozy, dont le pays préside actuellement l'UE, à l'issue d'un sommet extraordinaire des 27 à Bruxelles.

Transparence et refondation

Selon M. Sarkozy, l'Europe ira donc à Washington «avec la volonté de défendre une ligne, celle de la transparence et de la refondation». «Nous demandons à être écoutés et entendus et vite», a ajouté le chef de l'Etat français. «Les Européens ne se contenteront pas de quelques principes vagues.»

Une manière de mettre en garde le président américain George W. Bush, en bout de course et qui a cherché à minimiser les attentes du sommet des grands pays industrialisés et émergents du G20.

Signe de leur détermination, les dirigeants européens ont proposé la tenue d'un nouveau sommet mondial «100 jours» après celui de Washington, soit une fois le président américain élu Barack Obama entré en fonction. Selon la Maison Blanche, M. Obama ne devrait pas participer aux discussions du 15 novembre.

Unité relativisée

Ce nouveau sommet aurait à l'ordre du jour un rapport sur la mise en oeuvre des premières mesures arrêtées le 15 novembre. Le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek a toutefois relativisé l'unité de l'UE, assurant que Nicolas Sarkozy se rendrait au G20 avec un «mandat vague» lié aux divergences des 27.

«Le mandat donné à M. Sarkozy est très large, après que nous avons réalisé qu'il y avait des opinions diverses sur la façon dont ces choses devaient être réglées», a-t-il déclaré. La préparation du sommet du G20 se poursuit ce week-end à Sao Paulo, au Brésil, avec une réunion des grands argentiers des puissances industrielles et des économies émergentes.

La gravité de la crise a sans doute été un aiguillon pour les Européens. La zone euro sera «très probablement en récession en 2009», a confirmé le président de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, alors que la Commission européenne prévoyait encore une très légère croissance (0,1%).

La France critiquée

M. Juncker a en outre égratigné Nicolas Sarkozy pour son insistance à vouloir coordonner les politiques économiques européennes, indiquant que la France devait d'abord «s'appliquer» à elle-même «ces règles». «Je voudrais que ceux qui revendiquent une coordination poussée des politiques économiques s'appliquent à eux- mêmes ces règles», a lancé M. Juncker, lors d'une conférence de presse.

La France a été critiquée par certains de ses partenaires pour avoir récemment proposé, sans réelle consultation, la création en Europe de fonds souverains afin de protéger les industries menacées et un gouvernement économique de la zone euro.

Le sommet s'est ainsi déroulé sur fond de tensions entre Paris et Berlin. L'Allemagne s'était montré très réservé en début de semaine, craignant de voir dans les projets français l'amorce d'un «gouvernement économique européen» qu'elle refuse.

M. Sarkozy a néanmoins ménagé la chancelière conservatrice Angela Merkel, en mettant ce désaccord sur le compte du ministre allemand social-démocrate des Finances, Peer Steinbrück, «moins aimable qu'elle».

(ats)

Les propositions européennes pour le sommet du G20

Les Européens se rendront au sommet du G20, le 15 novembre, avec une liste de cinq propositions concrètes. Ils demanderont que soient formulées de nouvelles propositions sous 100 jours, avant la tenue d'un nouveau sommet.

Voici la liste des cinq «orientations» que l'UE défendra à ce qu'elle qualifie d'»événement fondateur de la réforme du système financier international»:

- soumettre les agences de notation à un enregistrement, à une surveillance ainsi qu'à des règles de gouvernance.

- arrêter le principe d'une convergence des normes comptables et revoir l'application dans le domaine financier de la règle de la juste valeur, qui impose une valorisation des actifs financiers à leur valeur de marché.

- décider qu'aucun segment de marché, aucune institution financière n'échappe à une régulation proportionnée et adéquate ou au moins à la surveillance.

- mettre en place des codes de conduite pour éviter la prise de risque excessive dans l'industrie financière, y compris dans le domaine des systèmes de rémunération.

- confier au Fonds monétaire international (FMI) la responsabilité première, avec le Forum de stabilité financière (FSF), de recommander les mesures nécessaires pour restaurer la confiance et la stabilité.

Le document précise que «le FMI doit être doté des ressources nécessaires et des instruments appropriés pour soutenir les pays en difficulté, et exercer pleinement son rôle de surveillance macroéconomique».

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