Nicaragua: Les évêques risquent de faire tout capoter
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NicaraguaLes évêques risquent de faire tout capoter

En refusant de rejoindre la table des négociations, les évêques risquent de rompre le dialogue gouvernement-opposition.

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L'opposition nicaraguayenne a annoncé mardi la formation d'une large «Coalition nationale» pour affronter le parti du président Daniel Ortega aux élections de 2021. (Mercredi 26 février 2020)

L'opposition nicaraguayenne a annoncé mardi la formation d'une large «Coalition nationale» pour affronter le parti du président Daniel Ortega aux élections de 2021. (Mercredi 26 février 2020)

Keystone
La Suisse demande au Nicaragua d'arrêter d'intimider et d'attaquer les défenseurs des droits humains, après l'assassinat récent de trois ex-manifestants. (Mardi 10 septembre 2019)

La Suisse demande au Nicaragua d'arrêter d'intimider et d'attaquer les défenseurs des droits humains, après l'assassinat récent de trois ex-manifestants. (Mardi 10 septembre 2019)

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Après un premier groupe lundi d'une cinquantaine de prisonniers amnistiés, 56 opposants ont été remis mardi au CICR. (11 juin 2019)

Après un premier groupe lundi d'une cinquantaine de prisonniers amnistiés, 56 opposants ont été remis mardi au CICR. (11 juin 2019)

AFP

L'opposition a remis en question vendredi soir la poursuite du dialogue avec le gouvernement du président Daniel Ortega, après que les évêques ont refusé de rejoindre la table de négociation en tant que «témoins accompagnateurs».

La plateforme d'opposition Alliance civique pour la Justice et la Démocratie (ACJD) qui rassemble entreprises, société civile, paysans et étudiants va se réunir «de manière immédiate» pour «réexaminer la négociation» avec le gouvernement, a annoncé lors d'une conférence de presse M. Carlos Tünnerman, le chef de la délégation de l'ACJD.

Le refus de l'Eglise de s'asseoir à la table de négociation «est une alerte sur le fait que le dialogue n'est pas bien engagé, qu'il n'y a pas de consensus», a déclaré à l'AFP le politologue José Peraza. Quelques heures auparavant, avant de connaître la décision des évêques catholiques, la délégation de l'opposition avait pourtant jugé positivement l'avancée de la négociation et la «réceptivité» des représentants du gouvernement.

Cinq jours de pourparlers

Six représentants de l'opposition, et autant du gouvernement, ont engagé le 27 février dernier des «négociations» pour chercher une issue à la crise politique qui a fait plus de 325 morts et a plongé le pays dans la récession.

Il avait fallu pas moins de cinq journées de pourparlers pour que les deux délégations se mettent d'accord pour, notamment, inviter comme «témoins et accompagnateurs» le président de la Conférence épiscopale, le cardinal et archevêque de Managua Leopoldo Brenes, ainsi que le Pasteur Ulises Rivera, coordinateur des Eglises évangéliques du Nicaragua, réputées plus proches du pouvoir.

A l'issue d'une réunion vendredi «en urgence», les évêques ont annoncé qu'ils refusaient d'être «physiquement dans la salle de négociations» et qu'ils se consacreront à leur «mission prophétique» et à «la prière» pour «que le Nicaragua trouve des chemins civilisés et justes pour une solution pacifique» à la crise.

Les évangéliques, qui assurent représenter 40% de la population nicaraguayenne, doivent annoncer leur décision samedi au plus tard, a annoncé le Pasteur Rivera. Pour l'heure, seul reste comme «témoin» à la table des négociations le nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) Waldemar Stanislaw Sommertag.

Un rôle de «médiateur»

Le clergé catholique avait joué un rôle de «médiateur» dans la première série de discussions entre le gouvernement et l'ACJD. Ces conversations engagées en mai 2018 avaient été rompues un mois plus tard par Daniel Ortega qui avait qualifié les évêques de «putschistes». Durant la crise, des prêtres ainsi que des évêques ont été la cible d'insultes et d'agressions de la part de partisans du régime, policiers ou paramilitaires, notamment parce qu'ils portaient assistance dans leurs églises à des manifestants blessés.

La crise au Nicaragua a commencé le 18 avril 2018 par des manifestations contre le gouvernement de l'ex-guérillero sandiniste Daniel Ortega, 73 ans. Les violences politiques ont fait plus de 325 morts, la plupart dans les rangs des manifestants, tandis que plus de 700 opposants ont été jetés en prison. Plusieurs dizaines de Nicaraguayens ont en outre pris le chemin de l'exil.

La libération de tous les prisonniers politiques, le rétablissement des libertés publiques, la réforme de la loi électorale et des élections anticipées figurent en tête des revendications de l'opposition, qui accuse Daniel Ortega d'avoir instauré une dictature.

En annonçant la reprise du dialogue, le président Ortega a insisté sur la nécessité de redresser l'économie. En 2018, le PIB a reculé de 4% tandis que plus de 300'000 emplois ont été perdus au Nicaragua. Les chefs d'entreprise prévoient pour cette année une chute allant jusqu'à 11% du PIB.

Outre des sanctions ciblées contre les responsables du régime, Washington prépare la mise en oeuvre du «Nica Act», qui vise à couper notamment l'accès du régime aux crédits internationaux. Enfin, la crise au Venezuela menace de priver Managua du pétrole fourni par le régime de Nicolas Maduro. «Dans le fond, ce qui préoccupe (Daniel Ortega) c'est comment cela va se passer pour lui, sa famille et ses biens», estime l'ancien ministre nicaraguayen des Affaires étrangères Francisco Aguirre, aujourd'hui dans l'opposition. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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