Actualisé 18.12.2013 à 10:42

Suisse - inégalités

Les femmes gagnent moins dès le début

Une étude révèle que les inégalité salariales entre hommes et femmes commencent déjà en début de carrière.

A travail égal, les femmes continuent à gagner moins.

A travail égal, les femmes continuent à gagner moins.

A travail égal, les jeunes femmes reçoivent un salaire moins élevé que les jeunes hommes dès leur premier emploi. L'idée qu'une femme va interrompre sa carrière est encore tenace. Un congé parental pourrait changer la donne.

Jusqu'ici, on ignorait à quel moment de la vie professionnelle apparaissaient les différences salariales. Une étude menée par des chercheurs du Fonds national de recherche «Egalité entre hommes et femmes» (PNR 60), et rendue publique mercredi, lève le voile.

Les scientifiques ont dépouillé les données émanant de près de 6000 jeunes qui participent depuis l'an 2000 à une étude à long terme sur le passage de l'école à la vie professionnelle. Ils ont comparé le salaire initial des jeunes femmes à celui des jeunes hommes, en considérant un grand nombre de facteurs susceptibles d'expliquer les différences salariales.

Même en tenant compte de ces facteurs, il reste un différentiel salarial de 7% soit 278 francs par mois entre les hommes et les femmes, pour lequel les chercheurs n'ont pu trouver aucune explication. «En entrant dans la vie active, les femmes devraient gagner cette somme en plus pour être rémunérées au même niveau que les hommes», déclare le directeur de recherche Michael Marti.

Corriger le tir

Pour corriger cette inégalité salariale observée à l'entrée dans la vie active, il serait essentiel d'accroître la transparence salariale et de mieux sensibiliser les employeurs à l'égalité salariale, poursuit l'économiste Kathrin Bertschy.

Les femmes devraient choisir leur métier en s'appuyant moins sur les rôles traditionnels et plus sur les besoins de professionnels, relève encore Kathrin Bertschy. Davantage de conseils professionnels seraient donc nécessaires.

En outre, le «risque» des interruptions dans l'exercice de la profession pèse unilatéralement sur les femmes. Ce sont elles qui prennent des congés de maternité et assument ensuite l'essentiel de la prise en charge des enfants et des tâches ménagères, également parce que, comparativement, l'exercice de leur activité professionnelle «en vaut moins» la peine.

Un congé parental tel que le connaissent les pays scandinaves pourrait constituer un moyen d'atténuer les inégalités salariales, estiment les chercheurs. Ainsi, même pour les employés de sexe masculin, les employeurs seraient obligés d'envisager une interruption de la carrière professionnelle dans le but de fonder une famille.

Chercheurs surpris

Les chercheurs ont été surpris de constater que les différences sont particulièrement marquées dans les professions présentant un rapport équilibré entre les sexes, c'est-à-dire là où la question du genre ne se pose manifestement pas. Or, c'est précisément dans ces branches qu'il semble y avoir un déficit de sensibilité à l'égalité salariale. Les inégalités sont également présentes dans les professions spécifiquement masculines ou spécifiquement féminines.

Selon les chercheurs, les raisons de la discrimination salariale précoce sont multiples. Parmi elles, le choix précoce de la profession dans le système suisse de formation semble défavoriser les jeunes femmes; elles choisissent plus souvent des métiers typiquement féminins dans la santé ou en tant que coiffeuses ou fleuristes, où le niveau des salaires est déjà généralement faible.

Les chercheurs estiment que les différences salariales discriminatoires en tant que telles sont plutôt dues au fait que les employeurs défavorisent les femmes, leur accordent moins de promotions et leur proposent des salaires moins élevés. Les employeurs, sciemment ou non, considéreraient que les femmes resteront moins longtemps parce qu'elles fonderont une famille et réduiront donc leur charge de travail ou quitteront l'entreprise. (ats)

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