Actualisé 19.01.2011 à 08:52

Traditions

Les femmes russes lisent l'avenir

Cire chaude, boule de papier ou chaussure lancée par la fenêtre: les jours précédant l'Epiphanie orthodoxe, les femmes russes cherchent à connaître leur avenir amoureux ou professionnel.

Durant Sviatki, la période s'étalant du Noël orthodoxe (6-7 janvier) à l'Epiphanie (19 janvier), certaines Russes se réunissent le soir pour ce rituel païen souvent décrit dans la littérature russe du 19e siècle.

Certaines n'hésitent pas à prendre à la lettre les prédictions apparues au cours de ces soirées. Lena, 29 ans, a ainsi décidé de changer sa vie l'année passée quand un morceau de cire figé par l'eau lui a suggéré de se mettre à son compte dans les relations publiques.

Un montagnard et un micro pour une nouvelle vie

«Nous avons versé de la cire fondue dans l'eau froide et dans la forme j'ai deviné un personnage solitaire grimpant une montagne. J'ai décidé alors d'abandonner mon entreprise et de travailler comme freelanc»e, raconte-t-elle.

Il y a deux ans, son amie Inna a, elle aussi, modifié radicalement le cours de sa vie en se lançant dans la chanson après avoir vu un micro dans son morceau de cire. En 2010, elle a même enregistré son premier disque.

Si Lena tient à ces traditions, elle ne croit pas pour autant que l'avenir puisse être ainsi révélé : «Chacun y voit ce qu'il veut: ces présages ne font que confirmer nos rêves», estime-t-elle.

Un pigeon en cire annonce un mariage

L'autre grand thème de ces jeux divinatoires est bien entendu la vie amoureuse des unes et des autres. Certaines jurent avoir ainsi choisi leur mari suite à une «prédiction».

«Il y a quinze ans, j'ai vu le profil de mon futur mari» dans l'ombre d'une boule de papier projetée sur un mur, explique Katia, 36 ans. Divorcée depuis trois ans, elle se rend toujours à ces séances, mais désormais seulement pour s'amuser.

Olessia, qui gère les projets sur internet de son entreprise, prend ces séances beaucoup plus au sérieux. «Il y a deux ans, un pigeon formé par la cire fondue a annoncé le mariage de l'une d'entre nous», jure cette femme de 37 ans, qui a retrouvé mardi soir ses amies du club de danse dans un bar moscovite pour une nouvelle séance divinatoire.

Une boule de papier journal en temps de crise

De nombreuses «techniques» permettent d'éclaircir son avenir matrimonial. Par exemple, si un homme ramasse une chaussure jetée au préalable par la fenêtre, son prénom sera celui du futur époux. Les formes apparues dans le marc de café peuvent aussi donner des indices sur l'identité de l'heureux élu.

A l'époque soviétique, lorsque les produits les plus basiques manquaient, par exemple le café, un exemplaire roulé en boule de «la Pravda», organe officiel du Parti communiste, pouvait servir à deviner l'avenir, alors que l'idéologie officielle dénonçait toutes les superstitions et croyances.

Des restes de traditions païennes palpables

Marina Kirilenko, une ingénieur de 71 ans toujours active, assure que sa vie a été marquée par ces présages. Selon elle, en 1963, une boule de papier-journal qui a pris la forme d'un chariot a annoncé son déménagement peu après de l'Extrême-Orient russe vers Moscou.

Quelques années plus tard, une figurine de cire montrant un homme avec une mallette lui a annoncé son mariage avec un fonctionnaire, le chef d'une ferme d'Etat, assure-t-elle. La naissance de son petit-fils lui a été révélée par le même procédé, affirme-t-elle encore. «Plus tu crois aux miracles, plus ceux-ci ont des chances de se réaliser», conclut-elle.

Pour la psychologue Svetlana Fiodorova, «les Russes adorent la divination qui libère leur inconscient. Par rapport à l'Europe, en Russie, le christianisme est récent et les restes de traditions païennes y sont encore palpables», explique-t-elle.

(afp)

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