Licenciements chez Voumard: «Les femmes se sont fait taper»
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Licenciements chez Voumard«Les femmes se sont fait taper»

Des syndicalistes d'Unia et une équipe de la TSR ont été maltraités par des agents de Protectas, avant la conférence de presse sur des licenciements dans l'entreprise Voumard Machines.

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Catherine Bex/ats

Averti vendredi matin seulement de la conférence de presse de Voumard Machines, le syndicat Unia a dépêché une dizaine de personnes à l'Hôtel Alpes et lac, à Neuchâtel, en face de la gare. Mais au moment où l'équipe de syndicalistes a tenté de pénétrer dans la salle, un, puis plusieurs hommes de Protectas s'en sont pris à eux.

«Nous étions trois hommes et sept femmes, dont une enceinte», raconte le secrétaire syndical responsable de l'industrie des machines pour le canton de Neuchâtel, Loïc Dobler, à 20 minutes online. «Un de mes collègues a été pris à la gorge, puis jeté à terre; il a fini avec un genou enflé, un autre en sang et des marques à la gorge; il est ensuite allé à l'hôpital pour faire un constat. Et les femmes se sont fait taper par des armoires à glace. On a eu peur pour notre collègue enceinte.»

Un caméraman et un journaliste de la TSR Régions n'étaient pas loin et n'ont pas non plus évité les coups. «La caméra est tombée par terre. Le journaliste lui-même nous a dit qu'il n'avait jamais vu ça. Comme nous, d'ailleurs!»

Ces actes brutaux ne resteront pas sans conséquences. Unia a décidé de porter plainte. «Si on doit prendre des coups pour défendre des travailleurs en Suisse, c'est inquiétant!», souligne Loïc Dobler. Et d'ajouter: «Ce sont des méthodes de sauvages».

Catherine Laubscher, secrétaire régionale d'Unia Neuchâtel, trouve «choquant» de telles pratiques. «Cette annonce de Voumard Machine marque la fermeture d'un des derniers fleurons de l'industrie des machines dans la région. Il s'agit du deuxième plus gros licenciement après Metalor, dans le canton.»

Un précédent

Des agents de la police neuchâteloise sont arrivés sur les lieux après les échauffourées et sont demeurés sur place jusqu'à la fin de conférence de presse sans plus constater de problème.

Le syndicat Unia s'était déjà heurté aux méthodes de Voumard Machines SA, l'an passé, lors d'une précédente vague de licenciements.

Journalistes molestés

Le journaliste de la TSR, Thierry Clémence, a pris part à la mêlée. «J'ai pris quelques coups de poing et mon caméraman quelques coups de pieds. On a un peu mal partout. Même si on ne revient pas d'un pays en guerre!», relève-t-il. «Les agents de Protectas, des malabars, n'ont pas fait de distinction entre hommes, femmes et journalistes. Ils ont foncé dans le tas. C'est parti dans tous les sens. Des cadres au mur ont volé, des tables ont été renversées.» Des images ont pu être enregistrées par la caméra, avant que celle-ci ne tombe et ne perde sa batterie. Le 19:30 de ce soir diffusera ce reportage.

Thierry Clémence constate encore que «le procédé n'est pas normal. On ne s'attaque pas à des femmes et des journalistes.»

«Unia était agressif»

Contacté, Voumard Machines explique ne pas avoir voulu ces actes. «C'est Unia qui est venu avec des intentions violentes», explique David Celli, directeur management, en anglais. «Peu importe qu'il y ait des hommes, des femmes ou même des femmes enceintes. Ce n'est pas le sujet. Unia était agressif.» Quant à la possibilité d'une plainte, l'entreprise en main américaine se décharge sur Protectas. «C'est leur affaire.» Et les journalistes se seraient simplement trouvés entre deux feux, au mauvais endroit au mauvais moment, selon le cadre de l'entreprise. Le journaliste de la TSR Thierry Clémence tempère toutefois, en estimant n'avoir pas ressenti de l'agressivité des syndicalistes, mais un «ton ferme» de leur part.

«Nous regrettons l'escalade qu'il y a eue. Nos agents ont pour consigne d'agir avec proportionnalité. Ils ne font usage de la force qu'en dernier recours. Ils ont dû se sentir agressés», précise Gérald Brandt, responsable des ressources humaines au sein de Protectas. «Un agent avait reçu pour consigne de Voumard Machines de ne pas laisser entrer les personnes non autorisées, ce qui étaient le cas des syndicalistes d'Unia.» Gérald Brandt reconnaît que de tels cas sont rares, mais existent. «Si la société doit assumer, elle assumera.» Protectas n'exclut pas de porter également plainte. «Mais pas en l'état actuel des choses.»

Près de 100 licenciements

La société Voumard Machines a annoncé vendredi le lancement d'une procédure de consultation du personnel en vue d'une cessation de ses activités.

Le représentant de l'ATS s'est vu refuser l'accès à la conférence de presse, faute d'une carte de correspondant exigée dans une invitation formulée au dernier moment. Des agents de la Police neuchâteloise sont arrivés sur les lieux et ont enregistré les plaintes des personnes agressées par Protectas.

Quelque 94 licenciements pourraient être prononcés sur le site de l'entreprise à Hauterive (NE).

19:30 sur la TSR:

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