Actualisé 10.01.2020 à 14:06

AustralieLa «route de la mort» pour les animaux australiens

Selon les spécialistes, l'impact des incendies sur le milieu naturel des animaux ayant survécu risque d'avoir des conséquences dramatiques.

Quand, au milieu des feux de forêt en Australie, Sarah Price, une bénévole, a trouvé un bébé kangourou effrayé mais encore miraculeusement en vie dans la poche ventrale de sa mère mourante, il lui a semblé naturel de l'appeler Chance.

Les deux marsupiaux avaient survécu aux flammes qui ravagent le sud et l'est du pays. Mais quelques heures plus tard, la mère est décédée, victime d'un stress extrême. Elle fait partie du plus d'un milliard d'animaux qui ont péri depuis le début, en septembre, de ces incendies.

Chance se rétablit doucement. Elle mange et boit régulièrement après avoir été placée dans une poche au sein d'une pièce obscure.

Issue heureuse exceptionnelle

Cette issue heureuse demeure malheureusement exceptionnelle au beau milieu du désastre qui continue de bouleverser nombre de bénévoles pourtant rompus aux feux de forêt qui brûlent régulièrement au cours de l'été austral.

Habituellement, «nous ne voyons pas le [même] nombre d'animaux être pris en charge ou ayant besoin d'être secourus», a expliqué Mme Price, qui travaille pour WIRES, une association de volontaires spécialisée dans le sauvetage d'animaux sauvages.

Des images bouleversantes de koalas, la fourrure roussie par les flammes, d'opossums avec les pattes brûlées, de cadavres de kangourous calcinés, ont fait le tour du monde, devenant le symbole d'une nation et d'un environnement frappés de plein fouet par une crise notamment induite par le changement climatique.

Survivants souvent condamnés

Des animaux moins visibles comme les grenouilles, les insectes, les invertébrés et les reptiles devraient également avoir subi des pertes considérables. Les spécialistes alertent sur le fait que même les animaux ayant survécu doivent lutter pour rester en vie.

«Un grand nombre d'animaux meurent après le passage de l'incendie car ils manquent de nourriture et n'ont plus d'abri», ou sont mangés par d'autres animaux, a expliqué Mathew Crowther, de l'Université de Sydney.

Dans l'État de Victoria (sud-est), où la saison des incendies ne fait que débuter, les vétérinaires ont raconté avoir vu des koalas, des oiseaux, des wallabies et des opossums souffrant non seulement de brûlures, mais également de problèmes respiratoires. «Jusqu'à présent beaucoup ont dû être euthanasiés, d'autres ont pu être sauvés et une poignée renvoyés dans l'habitat naturel restant alors que trois ont été pris en charge», a déclaré un porte-parole de zoos de l'État de Victoria.

Île Kangourou dévastée

Le taux d'extinction des mammifères en Australie était déjà le plus élevé au monde mais les feux de forêt actuels pourraient engendrer des extinctions localisées.

«Les populations [de kangourous] vont généralement essayer de se regrouper. Quand ils reviennent, évidemment... l'herbe n'est plus verte, le feuillage n'est plus là, les buissons ont disparu, les arbres sont brûlés», a expliqué Mme Price.

Un tiers de l'île Kangourou, un véritable paradis pour les animaux situé dans le sud de l'Australie-Méridionale, a été dévasté. Certaines espèces uniques vivant sur cette île pourraient avoir été décimées.

«Holocauste» pour la faune

«Il ne reste plus beaucoup d'habitats pour de nombreuses espèces. Cela conduit localement à des phénomènes d'extinction», a déclaré à la chaîne publique australienne ABC John Woinarski, du Threatened Species Recovery Hub, un programme public de protection de la faune. M. Woinarski n'hésite pas à qualifier ces incendies d'«holocauste» pour la faune.

Au moins la moitié de la seule population australienne de koalas «exempte d'infection» et qui vivait sur l'île Kangourou aurait succombé à de graves blessures. Ces koalas constituaient une sorte d'«assurance» pour l'avenir de l'espèce.

La souris marsupiale de cette île, qui figurait déjà sur la liste des dix espèces les plus menacées, est menacée d'extinction.

Première étape d'une longue série?

Le professeur de l'Université de Sydney Chris Dickman a affirmé que son étude, selon laquelle plus d'un milliard d'animaux ont péri, était «très prudente».

Ce qui se passe actuellement en Australie ne constitue peut-être que les premières étapes de «ce à quoi pourraient ressembler les changements climatiques dans d'autres parties du monde», selon lui.

Lorsque les incendies auront cessé, certaines populations pourraient devenir si peu nombreuses qu'elles devront être placées en captivité afin de tenter de sauver l'espèce. Certaines parties de la forêt qui a brûlé pourraient mettre des décennies à repousser et les spécialistes soulignent que d'importants investissements pourraient être nécessaires afin de restaurer les habitats et offrir aux animaux comme Chance une autre chance de survivre. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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