Ville de Genève – Les fonctionnaires en grève pour contrer le budget
Publié

Ville de GenèveLes fonctionnaires en grève pour contrer le budget

Quelque 6oo employés de la Ville de Genève ont manifesté jeudi pour protester notamment contre le gel des annuités.

par
Maria Pineiro
1 / 4
mpo

Rendre des livres à la bibliothèque avant d’aller enchaîner des longueurs de crawl? Jeudi, en ville de Genève, un certain nombre d’usagers des installations municipales a vu ses projets contrariés. Et pour cause, une partie de la fonction publique municipale était en grève. En début d’après-midi, quelque 600 personnes ont manifesté dans les rues du centre. Si toutes les infrastructures publiques n’étaient pas concernées, la bibliothèque de la Cité, la piscine des Vernets ou encore le Musée d’art et d’histoire sont restés fermés. «Les gens étaient embêtés, mais pas fâchés», a confié un jeune homme chargé de la vérification des certificats Covid, à l’entrée. Parmi les services les plus mobilisés, la Voirie, dont «98% des camions-poubelles ne sont pas sortis», a fièrement relaté un employé croisé au dépôt. «Ici, la pénibilité, c’est toute l’année. Et on veut nous enlever les primes pour travail pénible? Ils ne pourraient pas commencer par les cadres?»

Budget 2022 contesté

À midi, après les piquets organisés depuis tôt le matin sur les lieux de travail, les employés se sont réunis devant le mur des Réformateurs pour un pique-nique et affirmer leurs revendications. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est le projet de budget 2022 présenté par le Conseil administratif. Afin de réduire le déficit prévu, les mécanismes salariaux des fonctionnaires seront gelés. Ainsi, les annuités ( ndlr: progression salariale annuelle), 13e salaire progressif ou encore l’indexation au coût de la vie seront bloqués en 2022 si le Conseil municipal accepte cette mouture, qui peut encore évoluer d’ici décembre. «On veut bien faire des efforts, concède Myriam. Mais il y a d’autres endroits où prendre de l’argent. Ce n’est pas au personnel de renflouer les comptes de sa poche.» Son camarade enchaîne, estimant que geler la progression salariale des employés, «c’est la solution de facilité». Les syndicats pointent du doigt les pertes de revenus causées par la réforme de l’imposition des entreprises (RFFA) et les coûts de la crise sanitaire.

Méthodes de l’Exécutif contestées

Outre les questions salariales, les syndicats ont insisté sur l’enlisement des négociations sur les compensations des horaires irréguliers et de la pénibilité du travail. «Nous avons commencé à discuter en 2012 sur la question d’une retraite anticipée pour les fonctions pénibles, a souligné Corinne Béguelin, du Syndicat des services publics (SSP). Les négociations n’ont toujours pas abouti et les employés travaillent jusqu’à 64 ans.» Les employés de la Voirie et des espaces verts sont notamment concernés. Enfin, la crise du Covid-19 a fait surgir une nouvelle problématique: le télétravail. Les syndicats veulent l’ouverture de négociations sur un règlement. Au-delà des points précis, les orateurs ont surtout dénoncé la méthode. «Le gros problème, c’est le manque de considération du Conseil administratif», a souligné Marc Emery, président de la commission du personnel des pompiers, venus en force et en uniforme. Selon les défenseurs des employés, l’Exécutif «ne négocie pas. Il décide, il tranche, il coupe».

Préavis de grève reconductible

Lors du passage du défilé dans les rues de la Vieille-Ville, les bureaux de l’administration municipale ont été copieusement sifflés. Réunis en assemblée générale, les manifestants ont voté un préavis de grève reconductible pour le 11 novembre. Soit quelques jours après la conclusion de plusieurs réunions entre le Conseil administratif et les syndicats.

Pour Corinne Béguelin, du SSP, cette journée de grève a été un «succès». Si seules 600 personnes sur les 4000 employés de la Ville se sont mobilisées, elle relève que «tous les secteurs ont participé, malgré les difficultés d’information à l’interne. Une première pour la fonction municipale. Les employés n’ont pas la culture de la grève. Le fait que tous les lieux aient été touchés à des degrés divers est déjà extraordinaire».

Le Conseil administratif a pris acte

Le Conseil administratif, dans un communiqué envoyé mercredi, a «pris acte de l’appel à la grève lancé par les organisations représentatives du personnel». Il écrit avoir «entendu la demande des syndicats SIT et SSP ainsi que de la commission du personnel de réintégrer les mécanismes salariaux au projet de budget 2022». Néanmoins, fait valoir l‘Exécutif, malgré la situation budgétaire, les prestations municipales ont été maintenues. Il se dit prêt à «réévaluer après réception des prochaines estimations fiscales».

Progression salariale gelée

Le salaire des employés de la Ville de Genève est régi par plusieurs mécanismes tels que l’annuité, le 13e salaire progressif, ou encore l’indexation au coût de la vie. L’annuité consiste en une augmentation annuelle identique pour tous les employés d’une même classe de fonction. Geler cette hausse peut représenter pour les employés des pertes à hauteur de plusieurs centaines à milliers de francs par année. Il en est de même pour le 13e salaire dont la moitié est versée dès la première année. Ensuite, il augmente progressivement pour atteindre 100% la onzième année.

Ton opinion