Genève: «Les fonds de tiroir ont été largement ratissés»
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Genève«Les fonds de tiroir ont été largement ratissés»

Les jeunes migrants affluent, les effectifs scolaires progressent. La conseillère d'Etat juge que le DIP ne peut plus se serrer la ceinture.

par
Jérôme Faas
Anne Emery-Torracinta, conseillère d'Etat genevoise chargée du Département de l'instruction publique (DIP), ce mardi lors de la conférence de presse de rentrée.

Anne Emery-Torracinta, conseillère d'Etat genevoise chargée du Département de l'instruction publique (DIP), ce mardi lors de la conférence de presse de rentrée.

photo: Keystone/Salvatore di Nolfi

«On a atteint les limites.» Cette phrase, la conseillère d'Etat genevoise chargée de l'instruction publique l'a martelée ce mardi matin lors de la conférence de presse de rentrée. Le message que souhaite faire passer la socialiste Anne Emery-Torracinta est le suivant: si de nouvelles économies sont demandées, «on devra toucher aux conditions-cadres, soit la masse salariale, le temps de travail et le nombre d'élèves par classe. Les fonds de tiroir ont été largement ratissés.»

Pour lundi prochain, alors que les effectifs d'élèves ont continué à augmenter (+1014), ces fameuses conditions-cadres ont pu être garanties. Le Département de l'instruction publique (DIP) y est parvenu grâce à des réallocations internes - véritable travail d'orfèvre, à en croire l'élue. Ainsi, par exemple, le fait que les bus transportant certains élèves handicapés peuvent dorénavant emprunter les voies de bus accroît leur vitesse. Moins de véhicules sont donc nécessaires pour le même nombre d'enfants. «Malheureusement, nous devons passer beaucoup trop de temps sur les aspects financiers au détriment, peut-être, des aspects pédagogiques», déplore Anne Emery-Torracinta.

Plus de 200 élèves déplacés au Cycle

Les taux d'encadrement (soit le nombre d'élèves pour un adulte) sont restés stables partout, sauf au Cycle, où ils se sont légèrement dégradés, passant de 10,42 à 10,58. Près de 28 postes ont été économisés, et les recommandations de la Cour des comptes ont été suivies. «Elle estimait que nous pouvions remplir un peu plus les classes, nous l'avons fait. Mais nous sommes arrivés aux limites du système: pour y parvenir, nous avons dû déplacer 234 élèves (ndlr: pour 92 en 2015 et autant en 2014). Les efforts d'efficience ont été accomplis, il ne sera plus possible d'économiser au Cycle», juge la conseillère d'Etat.

Ecole inclusive au ralenti

Cette dernière observe encore que l'école inclusive (qui consiste à scolariser dans un environnement ordinaire les élèves à besoins spéciaux), l'une de ses priorités, «ne se développe pas aussi vite que je le souhaitais». La faute, explique-t-elle, à l'absence de budget voté en 2016. Elle se félicite néanmoins d'avoir obtenu 9,7 postes de soutien supplémentaires à l'école primaire. «A mon arrivée au Département, en 2013, il y en avait 101. Aujourd'hui, il y en a 148. Ce sera payant à terme.»

Afflux d'ados mineurs non accompagnés

L'accueil des jeunes migrants constituera l'un des autres défis du DIP lors de cette année scolaire. Leurs effectifs ont explosé cette année: ils seront 1809 à la rentrée, contre 1445 l'an passé. Le gros des arrivées se concentre au niveau du secondaire II (926 jeunes gens à ce niveau), soit les adolescents de 15 ans et plus. «Une bonne partie arrivent en tant que mineurs non accompagnés. Ce sont essentiellement de grands ados, dont 85% resteront en Suisse selon les estimations de la Confédération. Et beaucoup ne sont pas ou peu alphabétisés.» Le système doit donc s'adapter en continu pour héberger, encadrer et instruire ces jeunes qui ne répondent pas aux standards habituels de leur classe d'âge.

L'apprentissage, la bonne surprise

"On avait des inquiétudes, notamment dans le commerce de détail. Or, le nombre total de places offertes a augmenté", a indiqué ce mardi Anne Emery-Torracinta. Au total, 2427 places d'apprentissage existent à mi-août (dont 514 encore à pourvoir). C'est 51 de mieux que l'an passé. Les places en filière Attestation fédérale sont aussi en augmentation (269 contre 247). "L'augmentation des postes concerne principalement le secteur de la santé, ce qui me réjouit car il y a des besoins. Et le commerce de détail se maintient bien, avec seulement huit postes perdus."

"La deuxième entreprise du canton"

"Le Département de l'instruction publique est la deuxième plus grosse entreprise du canton, seuls les HUG nous dépassent, a observé mardi Anne Emery-Torracinta. Elle compte beaucoup de succursales et des clients exigeants." Son budget est de 2 milliards, dont 1,2 milliard pour les salaires du personnel. Lors de cette rentrée, les établissements scolaires genevois accueilleront 73'789 élèves. Ils seront instruits par 6'832 enseignants.

Recul du décrochage scolaire

"Les élèves sortent moins du système", observe Anne Emery-Torracinta. L'an passé, ils ont été 1386 à quitter l'école entre le 15 septembre et le 15 juin, contre 1306 en 2014-2015 et 1655 en 2013-2014. Ces départs ne sont cependant pas tous synonymes de décrochage (ils peuvent s'expliquer par un déménagement, un emploi décroché, etc.). Les vrais "décrocheurs", soit les élèves qui interrompent leur formation avant l'obtention d'un diplôme, sont aussi de moins en moins nombreux: 474 en 2014-2015, contre 513 en 2013-2014 et 800 en 2011-2012.

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