Canton de Zurich: Les fumeurs priés d'aller se loger ailleurs
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Canton de ZurichLes fumeurs priés d'aller se loger ailleurs

Pour la première fois, une coopérative d'habitation zurichoise oblige ses locataires à ne pas fumer dans ses appartements, y compris sur le balcon. Scepticisme.

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cht/nxp
Un exemple de coopérative d'habitation dans le canton de Zurich.

Un exemple de coopérative d'habitation dans le canton de Zurich.

Keystone

C'est une première en Suisse: une coopérative d'habitation dans le canton de Zurich a adapté son règlement pour ses locataires. Désormais, seules les personnes non fumeuses ont le droit de loger dans l'un de ses bâtiments, révèle ce jeudi le Tages-Anzeiger sur son site Internet.

La coopérative Schönheim a en effet complètement rénové un lotissement à Albisrieden (ZH) et renouvelé au passage son règlement pour ses locations. Elle a décidé de bannir complètement la fumée du bâtiment A qui comprend une quarantaine de logements. Interdiction donc de fumer dans l'appartement bien sûr, mais aussi dans la cage d'escalier, sur le balcon et dans le garage.

Concrètement, lors de la signature du bail, les locataires s'engagent par contrat à ne pas fumer dans les logements. S'ils passent outre, ils reçoivent d'abord un avertissement. S'ils continuent malgré tout, ils sont passibles d'une expulsion, explique le Tagi.

Un intérêt très grand

Un règlement qui connaît un beau succès, selon Rolando Verardo, le président de la coopérative. Selon ses dires, il serait même parfaitement possible de construire trois bâtiments supplémentaires avec les mêmes conditions: tous les appartements seraient immédiatement loués.

Rolando Verardo se défend toutefois de toute discrimination. Il explique que par le passé, des conflits récurrents entre fumeurs et non fumeurs avaient lieu au sein de la coopérative. Celle-ci ne fait donc qu'essayer de résoudre un problème avec une nouvelle approche, selon lui.

Mais cette méthode suscite de vives critiques de la part de l'association zurichoise des locataires. De telles maisons «frôlent la limite», estime ainsi son porte-parole Walter Angst. Pour lui, ce règlement représente «une ingérence trop forte de la coopérative dans la vie d'un locataire».

Pas de voiture

Et de faire le parallèle avec d'autres mesures imposées ailleurs aux locataires, comme celle de s'engager à ne pas avoir de voiture.« Cette segmentation croissante des gens est problématique», estime-t-il. «Si on continue de développer de tels concepts, il y a aura de plus en en plus de personnes qui ont auront de la peine à trouver un appartement parce qu'elles ne rentreront pas dans les schémas imposés», critique-t-il.

Et selon lui, les choses pourraient aller bien plus loin encore. Les bailleurs pourraient imposer des locataires sans enfants, cite-t-il en exemple. Selon le représentant de l'Asloca, les seules règles qui ont un sens à ses yeux, sont celles élaborées dans un but médical. Ainsi, des lotissements familiaux à Leimbach (ZH) sont réservés à des gens hautement allergiques, explique-t-il.

Propriétaires également sceptiques

Le bâtiment sans fumée de la coopérative Schönheim soulève aussi le scepticisme de l'association des propriétaires du canton. Pour son directeur Albert Leiser, cette interdiction est difficile à mettre en place et pénalise d'autres personnes que les locataires. «Comment voulez-vous vérifier qu'un résident ne fume pas dans un logement? Et comment faites-vous avec les visiteurs qui pourraient fumer?» , interroge-t-il.

Selon lui, il faut maintenir le droit des propriétaires à choisir les locataires qui vivront dans leurs appartements. Mais la sélection doit être non discriminatoire. Pour lui, ce qui est important, c'est d'avoir un mélange diversifié de gens, afin d'avoir un bon climat dans un bâtiment.

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