Les gangs hésitent à rendre les armes à Haïti

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Les gangs hésitent à rendre les armes à Haïti

Dans le plus grand bidonville d'Haïti, où vivent plus de 300'000 personnes, des gangs attendent des garanties du gouvernement avant de poser les armes.

Amaral Duclonas, 27 ans, cheveux tressés à la dread locks, présenté comme le chef de fil des groupes armés de Cité soleil, plaide pour une approche haïtienne du désarmement. Il récuse tout rôle aux forces des Nations unies dans ce pays.

Le gouvernement haïtien et la Mission de l'ONU pour la stabilisation d'Haïti (Minustah) ont annoncé la semaine dernière le lancement d'un programme de «désarmement, démantèlement et réinsertion des gangs».

«Nous sommes prêts à collaborer au programme de désarmement, mais nous exigeons que la vie des personnes résidant ici soit respectée et que les conditions d'existence soient changées», déclare Amaral. «Je ne suis pas un chef de gang ni un criminel», se défend celui qui est recherché par les polices haïtiennes et des Nations unies, pour meurtres et enlèvements présumés.

Vedette

Dans son fief, Amaral circule à moto et s'arrête de temps à autre pour répondre aux salutations de ses voisins. Respect ou peur, l'homme est une véritable vedette dans son quartier.

Amaral et ses lieutenants recoivent dans un baraquement qui leur sert de quartier-général, une vieille maison grillagée plantée au coeur de la Cité. Il n'y a pas l'ombre d'une arme. Des jeunes trônent derrière des ordinateurs flambants neufs et pianotent sur des téléphones cellulaires. Un autre colle son oreille à un talkie- walkie.

«Initiatives»

«Nous allons lancer des initiatives pour faciliter le désarmement, et nous dirons à nos camarades qu'il n'est plus nécessaire de posséder des armes», promet-il en échange d'un abandon de toute poursuite judiciaire.

«Les personnes impliquées dans des meurtres devront répondre de leurs actes. En revanche, ceux qui étaient indirectement impliqués dans la violence auront une chance de se réhabiliter et de se réinsérer dans la société», avait indiqué le premier ministre haïtien Jacques-Edouard Alexis.

«S'il y a des plaintes contre moi, je répondrai devant la justice de mon pays», affirme Amaral se proclamant innocent. Il s'en prend aux Nations unies, accusant la Minustah d'intimider des résidents de Cité Soleil et ce faisant de ne pas encourager la remise des armes.

«L'heure des comptes est arrivée pour les bandits. Nous allons chercher les chefs de gangs où qu'ils soient», avait lancé la semaine dernière le colonel français Dominique Van Marcke, chef de la police civile de l'ONU en Haïti, en visant les groupes de Cité Soleil.

«Apaisement»

«Nous agissons à la requête du président de la République René Préval», avait également fait valoir l'officier, rappelant les propos du chef de l'Etat haïtien qui avait appelé les gangs à «déposer les armes ou mourir».

«L'heure est à l'apaisement. Depuis quelque temps il n'y a pas de tirs dans la cité, preuve que les esprits se calment», rétorque un habitant de Cité Soleil, proche des chefs de gangs. Il souhaite que le désarmement se fasse en douceur. «Des armes auraient été rendues à la présidence», soutient-il sous couvert d'anonymat.

Deux semaines après la nomination d'une commission de désarmement, les groupes armés n'ont pas remis publiquement des armes. Aucune cache n'a été découverte et aucune perquisition menée. (ats)

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