Actualisé 29.11.2018 à 21:04

Genève

«Les garçons, c'est comme les poules !»

Le Bioscope, laboratoire de sciences biomédicales de l'Université de Genève, lance un atelier pour ados, pour parler d'égalité des genres.

de
Lucie Fehlbaum

«Aujourd'hui, on va faire plein de choses avec nos mains.» Fervente clameur générale. L'atelier s'appelle "Sexes". Le public est âgé de 13 à 15 ans. La Dr Céline Brockmann, co-fondatrice du Bioscope de l'Université de Genève et animatrice du jour, prévient d'emblée: parler de sexualité peut faire rire. Un rire gêné, le plus souvent. Mardi, une classe de 10ème a inauguré l'atelier, pensé pour les classes du secondaire I par l'équipe du laboratoire.

Ricanements et sorties quasi-philosophiques ont ponctué les deux heures d'activités. Découverte du clitoris, du développement du sexe biologique et des personnes intersexuées: le programme est dense. Le Bioscope a réussi le pari d'en faire un moment ludique, qui éveille les curiosités et tente de casser les tabous. «Tout le monde sait dessiner un pénis et des testicules, alors que personne ne peut représenter un clitoris, même les femmes. C'est une injustice, lance Céline Brockmann a la classe, doucement hilare mais piquée dans sa curiosité. Comment les femmes peuvent s'occuper d'elles-mêmes, comment avoir du plaisir sexuel sans connaître cet organe?» Un modèle 3D, réalisé par le laboratoire en collaboration avec le Département de gynécologie et d'obstétrique des HUG grâce aux dernières images IRM, circule entre les élèves. Enfin, un visage sur un nom. Le clitoris, avec son gland et ses tissus érectiles, ne diffère pas vraiment du pénis. «Du coup les filles elles sont excitées comme nous?», chuchote un élève à son voisin. Un ange passe, puis la réponse: «Bah, euh, oui». Mission accomplie.

«On ne dit pas "hermaphrodite"»

Si l'organe du plaisir féminin est encore méconnu, que dire du sexe biologique des personnes intersexuées? Les idées sont vagues, les jeunes mentionnent les hermaphrodites, les escargots, des êtres magiques possédant vulves et pénis, capable de s'auto-féconder. «L'intersexuation c'est un spectre de développement du sexe biologique, entre les deux extrêmes, le femelle et le mâle. On appelle ovotestis l'organe qui est fait d'un mélange de testicule et d'ovaire.» Voilà pour la définition. Pour le nom, une chose à retenir: on ne dit pas «les hermaphrodites», mais «les personnes intersexes». «Déjà parce que personne n'a envie d'être comparé à un escargot, et parce que biologiquement, ça n'est pas la même chose», souligne Céline Brockmann.

Maîtrise du clitoris

Vient l'heure du jeu de rôle, où deux par deux, les ados découvrent le sexe de leur bébé imaginaire. Sur une feuille, des chromosomes colorés délivrent l'information. Le sexe se façonne en pâte à modeler. «Les garçons c'est comme les poules», rigole une jeune fille en modelant une boule. L'atelier s'achève dans le chaos. Il est 16h, la journée a été riche. «Et si vous ne deviez retenir qu'une seule chose?» Un jeune homme se lance. «Aujourd'hui j'ai appris comment était le clitoris et où il se trouve. Je sais que c'est l'organe du plaisir de la femme.» Le résumé est succinct, mais un pas vers l'égalité des sexes a bien été franchi.

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