Actualisé 27.04.2020 à 17:39

«C'est de la folie»

Les Genevois se ruent sur les plantes et le terreau

Les jardineries rouvraient ce lundi. Au Do it+Garden de la Praille, il fallait patienter plus d'une demi-heure pour entrer en milieu de matinée.

de
Jérôme Faas

«Quand j'ai vu le monde en arrivant, avec ma tenue de moto, je me suis dit: on va crever de chaud», raconte Reyno. Mais la queue serpentant au soleil ce lundi matin sur le parking du M-Parc de la Praille, à Genève, ne l'a pas découragé. «J'ai un jardin et je suis un peu en manque de peinture. Et comme c'est ma seule activité pendant le confinement... Mais c'est impressionnant, ce monde!»

Le Do it+Garden ouvre ses portes pour la première fois depuis six semaines. Ce temple du jardinage et du bricolage fait partie, avec les services à la personne (coiffeurs, barbiers, etc.) et les cabinets de santé (médecins, physiothérapeutes, etc.), des activités autorisées par le Conseil fédéral à relancer la machine durant la première phase du déconfinement, qui a débuté ce matin.

Des clients dès 7h30

Certains clients sont venus dès l'ouverture, exceptionnellement prévue à 7h30, pour s'approvisionner. Tous les rayons sont ouverts, à l'exception de la découpe de bois et de moquette. Les Genevois sont venus en nombre, mais ce n'est pas l'émeute pour autant. L'attente, proche du quart d'heure à 10 heures, a dépassé la demi-heure à 11 heures (une centaine de personnes dans la queue), avant de refluer. Le grand magasin a limité la présence dans ses murs à 280 personnes.

Dans la queue, les acheteurs - de tous âges, les aînés sont bien présents - patientent dans la bonne humeur, espacés des deux mètres réglementaires. A vue de nez, environ un sur six ou sept porte un masque. «C'est surtout le soleil qui nous a poussé à venir, racontent deux dames: nous sommes venues acheter des canisses. On s'est dit on va tenter, et ça nous fait une sortie. Mais ce n'est pas la jardinerie qui nous manque le plus, ce sont les restaurants. On est quand même privilégiées: il fait beau, on est en bonne santé.» Elles repartiront avec des articles de maison, mais aussi une boîte de cinquante masques vendue 60 francs en caisse.

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Quelques minutes après l'ouverture, lundi matin (27 avril 2020), de longues files d'attente se sont formées devant les magasins de bricolage.

Quelques minutes après l'ouverture, lundi matin (27 avril 2020), de longues files d'attente se sont formées devant les magasins de bricolage.

Lecteur reporter
Dans les files d'attente aussi, il faut garder deux mètres de distance.

Dans les files d'attente aussi, il faut garder deux mètres de distance.

Lecteur reporter
Lecteur reporter

«Je me sens en sécurité»

A l'intérieur de l'immense magasin, deux endroits concentrent le gros de l'affluence. Les caisses, d'une part, et l'espace dédié aux plantes d'extérieur et au terreau, d'autre part. Y garder ses distances reste néanmoins parfaitement possible. Pour les uns, comme Claude, jardinier de son état, tout roule. «Je me sens en sécurité, je suis dans mon élément. C'est une expérience positive. De toute façon, ce qui doit arriver arrivera. Ça va durer longtemps cette affaire...» Gabriela, elle, est venue acheter du terreau pour des plantes commandées sur internet mais qui, «malheureusement, n'ont pas encore été livrées. Il y a du monde mais on peut se désinfecter les mains, ça va.»

Une affluence qui irrite

Une retraitée, masquée, dit être venue par «plaisir de voir des couleurs et des fleurs. Pour ma santé, ça va, même si par moment ça se bouscule un peu.» Karin, elle aussi masquée, est venue en ce jour de réouverture pour une seule raison: elle disposait d'un bon de réduction de 20% impossible à utiliser à un autre moment. «La queue ça allait, mais il y a quand même beaucoup de monde. Tout le monde va acheter des plantes, c'est difficile.» L'affluence indispose en revanche franchement Joaquim, quinquagénaire, masqué, qui fait des achats pour son travail. «Si je n'étais pas obligé, je ne serais pas là. C'est de la folie. Si c'était pour de la bouffe, d'accord, mais là?! Les gens ne vont quand même pas mourir s'ils attendent un jour de plus pour acheter une fleur!»

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