04.11.2020 à 23:12

GenèveLes Genevois se sentent davantage en sécurité dans la rue

Une étude cantonale menée auprès de milliers de résidents révèle une diminution générale importante du sentiment d’insécurité en zones urbaines. Il existe cependant des disparités, selon les quartiers et les communes.

von
David Ramseyer
Police cantonale

La peur recule dans les rues, si l’on en croit le Diagnostic local de sécurité (DLS), publié cette semaine. Mené tous les trois ans, ce travail conjoint de l’État de Genève et de l’ONG Coginta révèle que la part des personnes qui ressentent un sentiment d’insécurité en sortant seules de chez elles après 22 heures est passée de 50% en 2016 à désormais 33%. Le rapport a notamment sondé 4500 habitants, majoritairement en zones urbaines (cf. encadré ci-dessous).

Selon le directeur de l’enquête, Dominique Wisler, cette baisse du sentiment d’insécurité découle d’une diminution de la petite criminalité au bout du lac, que confirment les statistiques policières. Forcément subjectif, ce ressenti est aussi lié aux priorités de la population: «Les personnes interrogées indiquent que la problématique de la sécurité a reculé au classement de leurs préoccupations principales. C’est aussi un thème moins abordé qu’avant par les médias.»

Une Ville, plusieurs ambiances

Les résultats du DLS montrent cependant des disparités, notamment en Ville de Genève. Si le quartier des Eaux-Vives en pleine mutation affiche désormais le taux le plus bas de la cité, le secteur Jonction/Plainpalais/Acacias a vu grimper le sien. La faute sans doute, estime Dominique Wisler, «à de fortes inégalités sociales et au déplacement des incivilités depuis les Pâquis et Cornavin, particulièrement ciblés par les forces de l’ordre, ces dernières années». Malgré une baisse du sentiment d’insécurité dans ces deux quartiers de la rive droite, ils détiennent toujours le taux record du canton (46% aux Pâquis et 39% à Cornavin).

Ce rapport offre des outils précieux, souligne Marie Barbey-Chappuis, conseillère administrative chargée de la sécurité. «Cela nous permet de dégager des priorités et de, par exemple, réorganiser nos contrats locaux de sécurité en mettant l’accent sur la Jonction, Plainpalais et les Acacias.» Autre enseignement pour la magistrate PDC: «Le rapport montre que les patrouilles à pied sont très appréciées, notamment des femmes, régulièrement confrontées au harcèlement de rue. Cela doit donc nous inciter à renforcer ces présences policières.»

L’exemple de Meyrin

Dans les autres grandes communes urbaines, la situation est également contrastée. Vernier enregistre une baisse du sentiment d’insécurité, sauf dans ses trois grandes cités (Le Lignon, les Avanchets et les Libellules) où il reste supérieur à la moyenne cantonale. «La hausse du nombre d’incivilités conjuguée à une faible visibilité de la police de proximité et la précarité de certains résidents de ces ensembles urbains expliquent sans doute ce résultat», éclaire Dominique Wisler. À Carouge et à Plan-les-Ouates, les habitants déambulent également plus sereinement qu’avant dans les rues de leur commune.

L’exemple de Meyrin est symptomatique. Dans une municipalité où ont fleuri les barres d’immeubles et les zones denses qui abritent une population hétérogène, on pourrait anticiper un ressenti négatif des résidents en matière d’insécurité. C’est tout le contraire. Le taux meyrinois (29%) est en dessous de la moyenne cantonale. Un chiffre qui réjouit le conseiller administratif Eric Cornuz, chargé de la sécurité et de l’urbanisme: «Notre police municipale est visible dans les rues et elle échange beaucoup avec les habitants. C’est cela qui fait la différence», analyse l’élu des Verts. Ce dernier identifie cependant d’autres facteurs: «Nous avons un tissu associatif important et un grand travail de réseau a été mené avec les concierges d’immeubles et les commerces. Le dialogue est constant.»

Les habitants ont la police à la bonne

Les autres résultats de l’enquête montrent notamment que l’image des forces de l’ordre dans le canton s’est embellie. Cette année, 90% des personnes interrogées ont estimé que la police «fait du bon travail», contre 74% en 2004, date du premier Diagnostic local de sécurité. Elles tressent également des lauriers aux agents municipaux. Néanmoins, les sondés réclament encore des efforts à leur police: ils demandent surtout davantage de patrouilles dans les rues.

Une large enquête

Réalisée par la police cantonale et l’ONG Coginta, spécialisée dans la gouvernance sécuritaire, l’étude a porté sur 4500 personnes représentatives de la population, dont 4000 résidents de communes urbaines. Elles ont répondu à un questionnaire en ligne ou par téléphone. Le rapport a également pris en compte les statistiques policières, dont celles du 117, et les données cantonales du Centre d’analyse territoriale des inégalités.

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