Actualisé 23.10.2016 à 08:01

«Jungle» de Calais«Les gens attendent. Quelque chose a changé»

A deux jours de l'évacuation du campement de migrants, les tentes sont toujours bien présentes et rien n'a encore changé.

Les hommes sont toujours désoeuvrés dans la jungle de Calais.

Les hommes sont toujours désoeuvrés dans la jungle de Calais.

photo: Keystone

A Calais, dans le nord de la France, les tentes sont toujours serrées, les hommes désoeuvrés et les bénévoles présents. Mais à deux jours de l'évacuation du campement de migrants de la «jungle», un climat d'attente s'est installé samedi.

«Lundi, je prends le bus!» Dans la tente graffitée d'un «London Hotel» rose fluo, Kali montre en souriant sa valise posée sur le sol, près de celle de ses camarades du quartier des Soudanais. «Tout le monde a préparé son sac depuis une semaine déjà, parce que l'on nous avait dit que ce serait le 17 et depuis on attend», explique son voisin, Mohammed, qui détaille avec minutie l'opération prévue lundi.

«Cela commence à huit heures, mais ce n'est pas la peine d'y aller très tôt parce qu'ils feront d'abord partir les familles», explique cet ancien informaticien qui, à 43 ans, s'attend à monter dans les derniers cars, «avec les vieux».

Lui a renoncé à passer en Grande-Bretagne, destination privilégiée de la plupart des 6000 à 8000 migrants présents. Mais certains de ses camarades ont préféré quitter le campement pour poursuivre ce rêve. «Personne ne devrait être obligé de bouger contre son gré», lance-t-il.

«J'irai dans la prochaine jungle»

Dans la rue principale, Lalarha semble plus perdu, même s'il dit avoir hâte de partir «pour la demande d'asile». «C'est sale ici, il n'y a pas de vêtements, pas d'argent, rien», dit-il en montrant les tongs dépareillées qui lui servent à arpenter la boue.

Les boutiques encore ouvertes - beaucoup ont fermé ces dernières semaines - continuent de débiter leurs marchandises. Deux pommes: un euro, un paquet de biscuits: un euro 50... Derrière ses cagettes de légumes, Zebi fait la moue.

«On nous avait dit que c'était pour la semaine dernière déjà!», fait remarquer cet Afghan, près de son collègue qui astique un à un des piments pour les faire briller. Que fera-t-il après le démantèlement? «J'irai dans la prochaine jungle», assure-t-il.

Même son de cloche dans la boutique voisine, décorée d'une fresque «Do not destroy the jungle», où les étals proposent encore moult melons, canettes de soda et bouteilles d'huile. «On verra lundi. Je n'y crois pas», assure le propriétaire afghan.

Dans les allées détrempées par une averse récente, les hommes continuent de vaquer à leurs occupations: emplir des jerrycans, trouver la meilleure connexion pour leurs portables...

«Quelque chose a changé»

A l'Ashram Kitchen, point névralgique du campement pour ses distributions de repas, bénévoles et exilés ouvrent d'énormes boîtes de tomates pelées près d'un faitout géant où grésillent des oignons. Une volontaire, qui préfère ne pas donner son nom, grimace à l'évocation du démantèlement: «Pas sûre que cela se passe bien». Même si «beaucoup de gens sont déjà partis», selon elle.

Plus loin, des bénévoles de l'association britannique Care 4 Calais passent de tente en tente, pour informer les migrants et leur distribuer des numéros à joindre en cas d'urgence. Mais «c'est très calme aujourd'hui», estime une jeune femme. «Les gens attendent. Quelque chose a changé».

La présence policière restait discrète dans l'après-midi, concentrée sur les lieux d'attroupement comme devant le centre d'accueil provisoire où les migrants se pressaient, dans l'attente des entretiens prévus pour les mineurs espérant rejoindre des proches au Royaume-Uni.

Après une centaine samedi, une quarantaine devait partir de Calais pour la Grande-Bretagne dimanche matin, selon le directeur général de France Terre d'asile Pierre Henry. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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