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Elections fédérales 2015«Les gens ont peur»

Après le résultat meilleur que prévu de l'UDC aux élections fédérales, un mot était sur toutes les lèvres dimanche pour expliquer cette performance: immigration.

Les actualités et les images choc diffusées en boucle par les médias ces dernières semaines ont été «du pain béni» pour les démocrates du centre, a tonné le président du PDC Christophe Darbellay lors de la «Ronde des éléphants» de la RTS. «Les gens ont peur», a indiqué pour sa part à l'ats son collègue de parti Dominique de Buman. Dans le secret des urnes, cette «peur de l'immigration l'a emporté sur le sentiment de pitié».

De là à dire que les citoyens helvétiques sont en train d'opérer un virage à droite, il y a un pas qu'Adèle Thorens n'hésite pas à franchir. «On est à la limite de la schizophrénie: les Suisses ont le coeur sur la main, puis quelques semaines plus tard les portes se referment», a déploré la co-présidente des Verts, se disant «très inquiète».

Offensive difficile à contrer

Du côté du PLR au contraire, le bon score de l'UDC n'étonne pas. «J'avais dit bien avant (dimanche) qu'elle pourrait atteindre 30% des voix», réagit le président Philipp Müller. Et de citer lui aussi l'asile et l'immigration comme moteur de ce succès.

Même son de cloche au PS, dont la vice-présidente Géraldine Savary observe «malheureusement sans surprise» l'avancée meilleure que prévue de l'UDC, portée par un discours «jouant sur les peurs» en lien avec la crise migratoire. Une offensive «difficile à contrer» pour les autres formations. Et la Vaudoise de rappeler que le PS avait choisi de se concentrer durant la campagne sur des thèmes «réels» tels que le logement abordable ou le pouvoir d'achat.

Situation plus sérieuse qu'il n'y paraît

Du côté des principaux intéressés, on ne fait que peu de cas des réactions des autres partis. «Les citoyens ont compris que la situation est beaucoup plus sérieuse que ce qui apparaît, particulièrement s'agissant de l'immigration, la crise, la guerre...», a commenté Guy Parmelin. C'est une confirmation des préoccupations de la population après le 9 février 2014, a précisé le conseiller national vaudois UDC à la RTS.

Interrogé par la SRF, Toni Brunner s'est pour sa part dit persuadé que la question de l'immigration allait dominer la prochaine législature. «Nous avons un problème d'asile non résolu.»

Lors de la «Ronde des éléphants», le chef du parti a précisé qu'«en Suisse, on ne fait plus la différence entre migrants économiques et réfugiés». Avant d'affirmer que le succès de l'UDC était une marque claire de soutien à sa politique de la part d'une population inquiète.

Cocktail gagnant

Interrogé par l'ats, le politologue Werner Seitz a tenu à nuancer l'influence de la crise migratoire sur le résultat de l'UDC. «En soi, il n'est pas nouveau que ce parti utilise le thème de l'immigration. C'est l'origine de la menace qui change: parfois ce sont les Kosovars, parfois les Allemands, parfois les Syriens...»

L'observateur rappelle qu'une fois de plus, la formation menée par Toni Brunner est parvenue à mobiliser beaucoup plus que les autres partis. Pour ce faire, elle s'est concentrée sur un thème saillant et y a insufflé son cocktail gagnant: «idées, stratégie, argent».

M. Seitz note par ailleurs que l'UDC est le seul (Verts mis à part) à avoir réellement thématisé la question de l'asile dans le cadre de ces élections. Géraldine Savary admet à ce propos qu'«alors que ce dossier faisait couler beaucoup d'encre dans les médias», il en a été peu question lors des échanges de son parti avec les électeurs. (ats)

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