Venezuela: Les gens volent car il n'y a plus rien à manger
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VenezuelaLes gens volent car il n'y a plus rien à manger

Les pillages sont devenus encore plus courants que de coutume au Venezuela, où la majorité des aliments et des médicaments de première nécessité sont frappés de pénurie.

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De la boulangerie d'Andrea Martinez, il ne reste qu'une enseigne lumineuse. Tout le reste a été détruit. Alors que le Venezuela est secoué depuis trois semaines par une vague de manifestations de l'opposition, les pillages de commerces se multiplient.

Rien laissé

Vitrines brisées, étalages au sol, réfrigérateurs vidés: les voleurs n'ont rien laissé dans la boutique, ni un seul pain ou jus de fruits, emportant même deux lourdes machines qu'ils ont finalement dû abandonner au milieu de la rue.

«La guerre des étoiles»

«On aurait dit la guerre des étoiles», résume Sonia Rodriguez, 50 ans, qui tient une boucherie dans le quartier populaire d'El Valle, dans le sud-ouest de la capitale. On dénombre des dizaines de magasins saccagés.

Même en dehors des périodes de manifestation, les pillages sont devenus plus courants au Venezuela, pays où la majorité des aliments et des médicaments de première nécessité sont frappés de pénurie.

La faim règne

Alors que la faim règne, toute nourriture est un bien précieux. Les voleurs ont aussi emporté de la boulangerie d'Andrea quatre sacs de farine, deux de sucre, en plus d'une cafetière, d'un coupe-jambon et d'un four à micro-ondes.

Outils utilisés

La boulangerie se situe dans le quartier d'El Paraiso, dans l'ouest de Caracas, l'un des points de concentration de la grande manifestation de mercredi. Celle-ci a dégénéré en violents affrontements avec les forces de l'ordre, qui ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc contre les manifestants, ces derniers répliquant avec des pierres et des cocktails Molotov.

Le pillage a eu lieu dans la nuit et la propriétaire, Andrea, 50 ans, habite loin du quartier. Comme la ville était plongée en plein chaos, avec des rues bloquées en raison des manifestations, elle n'a pu se rendre dans son commerce que jeudi matin.

«En arrivant, on pensait que c'était (des dégâts) limités, et pas l'état de destruction dans lequel ils ont tout laissé», raconte-t-elle, la voix brisée par l'émotion et les yeux gonflés d'avoir tant pleuré.

«Les voisins nous ont dit que (les voleurs) ont utilisé des outils pour pouvoir forcer les grilles, casser les cadenas et les murs, ils n'ont pas fait cela avec des pierres», ajoute-t-elle, niant ainsi clairement que des manifestants soient derrière cet acte de vandalisme.

Lors des affrontements

Dans ce pays en profonde crise politique et économique, le gouvernement du président socialiste Nicolás Maduro accuse l'opposition d'inciter à la violence et de participer au pillage des commerces. Ses adversaires assurent que c'est le camp présidentiel qui fomente de telles actions.

Il y a dix jours, quatorze magasins ont été pillés en une seule journée à Los Teques, près de Caracas, au moment où manifestants et forces de l'ordre s'affrontaient avec violence.

Des traces

Dans le quartier d'El Paraiso, les heurts ont laissé des traces derrière eux: des bennes à ordures calcinées, des pierres éparpillées sur le trottoir, tandis que flotte encore dans l'air des restes de gaz lacrymogènes, irritants pour les yeux.

La boulangerie d'Andrea Martinez n'a pas été la seule à être pillée dans cette rue, située à quelques pâtés de maisons d'une caserne militaire. Une librairie voisine a, elle aussi, souffert: les voleurs n'arrivant pas à forcer la porte, ils ont brisé toutes les vitres.

La mafia

Le bar juste après a, lui, été entièrement dévalisé. Il ne reste même pas une bière. Dans cet établissement, Albino Gomez lave à grande eau le sol en céramique. Cela fait 32 ans qu'il travaille dans ce bar et c'est la deuxième fois qu'un tel pillage se produit: la première, c'était pendant la précédente vague de manifestations, en 2014, qui avait fait 43 morts.

«C'est la mafia qui vient de là-haut», confie cet homme aux cheveux blancs, en désignant un quartier voisin.

Cette fois, les pillards ont pris des casseroles, des chaises, un vieux téléviseur, perçant le mur pour accéder au dépôt où étaient conservées les liqueurs. Ne restent plus que quelques caisses vides.

«C'est très triste»

Les voleurs ont arraché la cloche de la cuisine pour la jeter au sol, détruisant aussi toutes les vitres du comptoir, comme dans la boulangerie.

«On a l'impression qu'ils ont fait cela par méchanceté», dit Andrea, qui gère son commerce avec son mari depuis 15 ans. «Ils ont pris toute notre production. C'est très triste. Ce sont des années de sacrifice. Comment ferons-nous pour nous remettre de cela?», se lamente la boulangère. (ats)

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