Suisse: Les «ghostwriters» en liquidation
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SuisseLes «ghostwriters» en liquidation

Depuis quelques jours, la société Acad Write, qui propose à des étudiants d'effectuer à leur place des devoirs, est visée par des plaintes. Or, elle est sur le point de disparaître.

par
dmz

Début janvier, Thomas Nemet, directeur de l'agence de ghostwriting basée à Zurich Acad Write, annonçait que les services de son entreprise avaient la cote auprès de étudiants. Cette agence propose d'écrire à leur place des travaux universitaires, allant du travail de séminaire à la thèse de doctorat, moyennant parfois jusqu'à des dizaines de milliers de francs. L'entreprise est active en Suisse alémanique, en Allemagne, en Autriche, mais aussi au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou encore en Australie. Il y a quelques jours, les Universités de Berne et de Saint-Gall ont déposé des plaintes pénales pour fraude contre cette société.

Selon des recherches de la «Basler Zeitung», il faudra bientôt dire «était active». En effet, Acad Write, inscrite à Zurich sous le nom d'Academic Advice AG, est en liquidation. Une information facilement vérifiable en quelques clics de souris. Par ailleurs, une des sociétés sœurs, Acad Write GmbH en Allemagne, a déjà été liquidée en 2011. Et une autre agence, censé être basée à Salzbourg (Aut), n'existerait même pas. Seule une société enregistrée au Royaume-Uni nommée «Acad Write–The Ghostwriter Network Ltd», semble pour l'heure active.

«Toujours punissable»

Interrogé, le professeur de droit à l'Université de Zurich Marc Jean-Richard estime que «la liquidation n'a aucune incidence sur les procédures en cours». Un avis partagé par l'alma mater bernoise: «Les plaintes sont aussi adressées contre les personnes qui se trouvent derrière ce business», précise-t-elle au quotidien.

Et la disparition d'Acad Write ne sonne pas le glas des ghostwriters en Suisse pour autant. L'agence Gwriters notamment, basée à Zurich, propose les mêmes services. Cette dernière s'étonne d'ailleurs des plaintes déposées. Selon sa porte-parole Sabrina Dorsch: «Il n'existe aucune loi en Suisse qui interdit notre activité. Le principe selon lequel faire appel à des 'nègres' est illégal n'a donc aucune valeur juridique», selon elle.

Des déclarations que tempère le ministère public saint-gallois. «Les ghostwriters peuvent être punis pour complicité d'obtention frauduleuse d'un diplôme», explique son porte-parole Roman Dobler. Mais pour cela, il faut encore pouvoir identifier des étudiants qui ont obtenu leur papier grâce à une agence. Et c'est là que le bât blesse, «car pour le moment, aucun cas n'a été officiellement détecté». En l'état, aucune enquête officielle n'est donc ouverte contre Acad à Saint-Gall. Son patron n'a pas répondu à nos sollicitations. Le ministère public bernois non plus.

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