26.11.2018 à 12:43

Journalistes agressés«Les «Gilets jaunes» avaient la bave aux lèvres»

Après la tentative d'agression de journalistes par des «Gilets jaunes» à Toulouse, une partie des médias de la région a appelé dimanche à boycotter la couverture de leurs actions.

de
cga/afp

Une partie des médias de la région toulousaine a appelé dimanche à boycotter la couverture des actions des «Gilets jaunes», au lendemain de la tentative d'agression de journalistes, qui a donné lieu à deux nouvelles plaintes à l'hôtel de police de Toulouse, a-t-on appris auprès des plaignants. Au total, cinq journalistes de CNEWS et BFMTV ont porté plainte pour «violences aggravées», «menaces de mort», «tentative d'agression en réunion», samedi et dimanche, relatant avoir, lors d'une manifestation des «Gilets jaunes» place du Capitole, samedi, reçu des coups de pied, des crachats, une bouteille d'eau en plein visage, et avoir été poursuivis dans les rues toulousaines.

«BFM collabos, on va vous faire la peau»

«Il y avait environ entre 50 et 100 personnes qui ont commencé à s'en prendre à nous, les reporters», stipule l'une des deux nouvelles plaintes déposées dimanche. «Les manifestants criaient: «BFM collabos, les journalistes, on va vous faire la peau», peut-on lire sur le procès-verbal de police dont l'AFP a eu une copie. En outre, un reporter de CNEWS qui avait porté plainte samedi s'est à nouveau rendu au commissariat dimanche pour une déposition concernant des tentatives d'intimidation sur les réseaux sociaux, où des personnes se réclamant des «Gilets jaunes» ont proclamé connaître son adresse. En conséquence, plusieurs journalistes de la région ont lancé dimanche un appel au boycott de la couverture des actions des «Gilets jaunes», «en solidarité avec (les) collègues toulousains agressés».

L'appel, relayé par le Club de la presse Occitanie, qui «condamne les agressions» et s'inquiète des «actes de violence qui s'amplifient», a été suivi par plusieurs rédactions régionales, à commencer par BFMTV et CNEWS, mais aussi M6 et Via Occitanie. «Nous faisons bien sûr la différence entre les manifestants pacifistes et les agresseurs», a tweeté dimanche la direction de CNEWS, qui dit son «soutien» aux journalistes «agressés, harcelés». «Ces comportements sont intolérables», avait réagi samedi celle de BFMTV. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a apporté «sa solidarité totale, tant aux journalistes agressés qu'à ceux qui souhaiteraient légitimement faire valoir leur droit de retrait auprès de leur direction». «Les journalistes ne sont pas des cibles. Informer n'est pas un délit. Chacun doit comprendre que s'en prendre aux journalistes, c'est s'en prendre à la liberté de la presse, pilier de notre démocratie», a ajouté le SNJ dans un communiqué.

Les gilets jaunes sèment le chaos

Barricades incendiées, fumée noire, feux tricolores arrachés, pavés descellés, canons à eau... Envahi de gaz lacrymogène, le quartier des Champs-Elysées a été le théâtre d'incidents violents lors de la manifestation des gilets jaunes à Paris.

Nuit agitée après la manif des gilets jaunes

Près de 288'000 «gilets jaunes» ont protesté samedi dans toute la France contre la hausse des taxes sur le carburant.

«Ils voulaient se faire un journaliste»

Franceinfo a recueilli le témoignage du correspondant de BFMTV à Toulouse, Jean-Wilfrid Forquès. Il explique qu'il suivait une manifestation d'environ 1000 personnes quand «les compliments» ont commencé à pleuvoir: «chaîne de merde», «enfoirés de BFM»... Rapidement pris à partie par environ 200 personnes, le journaliste explique qu'il travaillait pourtant avec une mousse de micro neutre pour ne pas être repéré: «J'ai beau avoir une bonnette rouge, verte à damier ou à carreaux, à Toulouse, je suis identifié.»

«Au bout d'un moment, un mec a donné le top départ, en criant: «Dégagez, sinon on vous défonce», poursuit Jean-Wilfrid Forquès. C'étaient des mecs avec des gilets jaunes, mais ils avaient la bave aux lèvres. Ils avaient la haine, ils voulaient se faire un journaliste.» Le correspondant toulousain a finalement pris ses jambes à son cou lorsqu'une trentaine d'individus lui ont «foncé dessus» avant de se réfugier dans un magasin.

«J'ai couvert des guerres, des conflits sociaux, des catastrophes. Je dis souvent que le danger est plus au coin de la rue qu'au bout du monde, hier, je l'ai vérifié dans ma ville (...) Cela peut arriver à une personne inexpérimentée. Hier, c'est tombé sur moi et c'est un sentiment désagréable», conclut le reporter. (cga/afp/20 minutes)

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