Chapelle du Rathvel (FR): Les grenouilles comptent les coups
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Chapelle du Rathvel (FR)Les grenouilles comptent les coups

Les grenouilles de la chapelle du Rathvel (FR) se moquent bien de l'imbroglio politico-judiciaire dont leur site est l'objet.

Les batraciens prolifèrent sur cette parcelle protégée alors que les recours se suivent pour déloger la chapelle construite sans permis.

Depuis bientôt 8 ans, le petit oratoire en rondins est l'objet d'une guéguerre entre d'une part son propriétaire et ses supporters, dont des députés et des conseillers d'Etat, et Pro Natura.

Dernier épisode: l'organisation environnementale a fait recours en mars auprès du Tribunal cantonal (TC) contre la décision du préfet de la Veveyse de maintenir la chapelle alors même que le TC dans un arrêt du 27 mai 2008 jugeait qu'»aucune tolérance de la situation actuelle n'est d'ores et déjà envisageable».

Les partisans de la chapelle - bénie mais non consacrée - alignent pour leur part 1500 signatures dans une pétition en faveur de son maintien. Et se plaignent de l'»acharnement» de Pro Natura Fribourg. Chargée d'affaires de l'organisation, Yolande Peisl leur renvoie le reproche.

Site clairement non constructible

Cette dernière voit au contraire un véritable acharnement de la part du propriétaire de construire coûte que coûte cette chapelle à cet endroit. Alors que le terrain est situé à l'extérieur de la zone à bâtir, en lisière d'un secteur forestier, dans la zone de protection de la nature et du paysage du bas-marais de Rathvel.

Cerise sur le gâteau: le site de Rathvel figure également à l'annexe 4 de l'ordonnance fédérale sur la protection des sites de reproduction de batraciens d'importance nationale.

L'affaire est très émotionnelle, explique Mme Peisl. Il s'agit d'une chapelle. Les motifs du propriétaire sont en outre tout à fait «respectables», comme l'a relevé le TC. L'homme a édifié ce petit oratoire en mémoire de son frère décédé.

«Fait du Prince»

Tous les moyens pour légaliser la construction ont jusqu'à présent échoué. Une modification du plan d'aménagement local a été tentée avec l'aval de la direction de l'aménagement du territoire (DAEC). Mais cette dernière s'est fait rudement sonner les cloches l'an dernier par le TC.

Les termes utilisés dans son arrêt ne sont pas de ceux fréquemment pratiqués par ces doctes juristes: il y est question d'une «violation crasse de la loi et de la jurisprudence», d'une autorisation spéciale accordée «sur un coup de coeur» et de «fait du Prince plutôt que d'une application correcte de la loi».

«Sous prétexte de préserver une construction qui se veut un lieu de silence et de recueillement - mais qui a essuyé le refus de l'Eglise de la consacrer - la DAEC n'a pas hésité à fouler aux pieds des principes élémentaires de l'aménagement dont elle exige en d'autres circonstances, le respect», note le TC.

Principe de proportionnalité

Cette prose n'a pas empêché le préfet de la Veveyse de refuser d'appliquer cet arrêt. Ce dernier s'est en particulier référé au principe de proportionnalité. Et a fait usage de la marge de manoeuvre que lui laisse la loi pour rétablir le droit.

Les écologistes ne sont pas de cet avis et ont contesté la légitimité de sa décision auprès du TC. Les grenouilles en leur dizaine de gouilles attendent le prochain rebondissement.

(ats)

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