Actualisé 19.01.2010 à 09:57

Alcoolisme en ville

Les groupes de marginaux formés surtout de jeunes hommes suisses

Les groupes de marginaux qui se réunissent et boivent dans les centres-villes de Suisse sont essentiellement formés de jeunes hommes d'origine helvétique souffrant d'affections physiques et psychiques.

Telle est la conclusion d'une étude soutenue par le Fonds national suisse (FNS).

L'enquête a été menée en 2008 auprès de 206 marginaux et plus de mille passants par une équipe placée sous la direction de Corina Salis Gross et Gerhard Gmel, communique mardi le FNS. Les chercheurs se sont penchés sur les villes de Berne, Coire, Lausanne, Yverdon- les-Bains (VD) et Zurich.

Près des trois quarts des alcooliques interviewés sont des hommes. Les sondés ont en moyenne 35 ans et sont pour la plupart des ressortissants suisses. La part des «sans domicile fixe», elle, s'élève à un quart.

Nombreuses victimes d'abus sexuels

Si plus d'un tiers des marginaux interrogés ont affirmé avoir été sexuellement abusés au moins une fois dans leur vie, le pourcentage double carrément chez les femmes. Deux tiers des sondés déclarent en outre avoir déjà frôlé la mort à au moins une occasion. Bon nombre des personnes rencontrées présentaient un mauvais état de santé physique et psychique, poursuit le communiqué.

Dans les petites villes - à savoir Coire et Yverdon - des substances telles que la méthadone, l'héroïne, la cocaïne et les benzodiazépines sont consommées sur ces «scènes» en plus de l'alcool. Plus la ville est grande, plus les substances addictives consommées sont homogènes, révèle l'étude.

Echanges d'infos

Outre la disponibilité de substances addictives, les principaux motifs invoqués pour expliquer l'appartenance à ces groupes de marginaux est le soutien moral et le bénéfice social. Lors de leurs rassemblements, les marginaux échangent notamment des informations sur le comportement à adopter face aux autorités.

Les chercheurs se sont également penchés sur la réaction des passants confrontés à ces «scènes». Nombre d'entre eux ont affirmé être dérangés par la vision des marginaux. Les sentiments suscités par ces groupes sont principalement la consternation, la colère ou la peur.

Certains quidams citent pour leur part la compassion. En Suisse alémanique, les passants sont nombreux à évoquer une certaine indifférence.

Encadrement variable d'une ville à l'autre

La situation des marginaux s'est aggravée ces dernières années, indique le FNS. Globalement, ils sont de plus en plus repoussés vers la périphérie en raison de la volonté des villes de soigner leur image. L'étude souligne néanmoins des différences au niveau de l'encadrement entre les cinq cités passées sous la loupe.

Alors que, soucieuse de son image, Berne pratique la répression, Yverdon intègre et accepte les marginaux. A Coire, ils sont livrés à eux-mêmes. Zurich garde quant à elles les «scènes» sous contrôle. Enfin, Lausanne est «divisée et paralysée par les guerres de tranchées entre la droite et la gauche», jugent les chercheurs.

En guise de conclusion, les auteurs de l'enquête recommandent de mieux informer la population de la situation des marginaux dépendants. Les «scènes» de l'alcool doivent par ailleurs être séparées de celles des drogues dures, par exemple via la mise sur pied de lieux d'accueil pour une consommation protégée. (ats)

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