Dangereux détenu en fuite: Les habitants témoignent de leur inquiétude
Actualisé

Dangereux détenu en fuiteLes habitants témoignent de leur inquiétude

La police occupe le terrain pour retrouver le dangereux fuyard qui s'est évadé lundi, sur les hauts de Provence (VD). Découvrez les témoignages des habitants de cette région.

par
ats/pom/cbx

La population témoigne.

Pour mettre toutes ses chances de son côté, la police n'hésitait pas, mardi, à montrer à la population la photo de Jean-Louis B., le dangereux détenu qui a pris la fuite lundi sur les hauts de Provence (VD).

Des habitants de la région du nord vaudois ont vécu une nuit pénible en raison du bruit de l'hélicoptère à la recherche du fuyard. Une certaine crainte semble s'être installée. Une dame a expliqué à «20minutes» avoir été constamment sur le qui-vive mardi sur son vélo-moteur. Willy Gaille, un retraité occupé à cueillir des cerises, confirme: «C'est surtout quand on a appris qu'en plus d'être un assassin, l'homme était un violeur que les femmes de la région ont pris peur!»

Parmi les badauds vivant dans le canton de Neuchâtel, certains semblent se désintéresser de cette affaire, considérant que celle-ci ne les concerne pas, puisque l'homme s'est évadé dans le canton de Vaud.

Une femme, au port de Saint-Aubin (NE), ne manifeste d'ailleurs aucune inquiétude. «Je n'ai pas peur. Je sais qu'il y a un homme dangereux dans la région, mais s'il vient, il y aura mon mari. D'ailleurs, nous nous trouvons dans un endroit où il y a du monde. Cet homme doit rechercher un endroit en forêt où se cacher, plutôt que venir au bord de l'eau.»

La police poursuivait ses recherches mardi dans les deux cantons voisins. Selon nos information, la diversité du paysage, composé de vignes, de forêt et de villages, complique les opérations. Certains policiers relèvent en ce sens la vigueur du fuyard sexagénaire.

Les agents neuchâtelois et vaudois patrouillent dans la région en voiture, moto et vélo, depuis lundi. Malgré les fortes chaleurs, ils portent des gilet pare-balles.

Mais des questions demeurent: une incompréhension semble partagée au sein de la population: pourquoi l'individu n'était-il pas menotté? Et qui plus est, accompagné d'une femme...

Les recherches se poursuivent

Une centaine de policiers et six chiens ont été engagés dans les opérations. Condamné pour assassinat et viol, l'homme de 64 ans est considéré comme dangereux.

«Nous n'avons pas d'indice pour le moment», a indiqué Olivia Cutruzzola, porte-parole de la police vaudoise, interrogée par l'ats. Une septantaine de policiers neuchâtelois et une trentaine de Vaudois ont participé à la traque, ainsi que des gardes-frontière. La police nationale française est aussi à pied d'oeuvre.

Les policiers ont d'abord patrouillé sur les rives du lac dans le périmètre Gorgier-St-Aubin-Vaumarcus, puis sont remontés en direction du Creux-du-Van, via Montalchez et Fresens, a précisé la police vaudoise dans un communiqué. Un bateau contrôle les rives du lac et le secteur du Val-de-Travers est surveillé avec l'aide des garde-frontières.

Les patrouilles sur la frontière entre les deux cantons sont effectuées avec la gendarmerie vaudoise. Cinq points fixes, à cheval sur les territoires vaudois et neuchâtelois, sont ou ont été surveillés au cours de la journée.

Sur Vaud, les recherches se sont concentrées mardi dans le secteur Grandson-Concise-Vaumarcus. Une enquête de proximité ciblée a été entreprise auprès de témoins potentiels, notamment les tenanciers des commerces de la région dans lesquels le fugitif aurait pu se ravitailler.

Pas de piste concrète

Les recherches n'avaient pas encore permis de retrouver le détenu mardi en fin de journée évadé. Le dispositif a été adapté pour la soirée et une surveillance mobile devait être maintenue pour la nuit.

Malgré le travail de recoupement des témoignages et des diverses informations, le fugitif n'a pas pu être localisé. «Il n'y a pas de piste concrète», a concédé Mme Cutruzzola. La veille, «un énorme dispositif» avait été engagé dans les opérations qui ont duré jusqu'à 3 heures.

Le fuyard est un Jurassien. Il a été condamné à plusieurs peines de prison de longue durée pour assassinat, viol, tentative de viol et dommages à la propriété. Ces peines ont été suspendues au profit d'un internement pour une durée indéterminée.

Conférence de presse

Depuis 2009, l'homme était incarcéré par mesure de sûreté à Gorgier (NE), sous la responsabilité du canton de Berne. Profitant d'une sortie accompagnée, le prisonnier a menacé ses deux gardiens neuchâtelois au moyen d'un objet tranchant, blessant légèrement l'un d'eux.

Le canton de Neuchâtel a indiqué qu'il donnerait des informations sur l'affaire et sur le détenu mercredi matin. Côté bernois, Christian Margot, chef du service cantonal de l'application des peines, a indiqué que le canton de Berne n'avait pas autorisé la sortie accompagnée du détenu, une décision de la compétence de Gorgier.

Sombre parcours

«Le Temps» a retracé mardi le «sombre parcours» du fugitif. Le journal relève que l'homme a passé plus de quarante ans en prison. Depuis 1966, il occupe les tribunaux. Il a été condamné en 1976 par la Cour d'assises du Seeland à 12 ans de prison pour avoir violé et tué une jeune fille de 17 ans lors de sa première permission.

Dix ans plus tard, il viole sa psychologue lors de son premier congé. En 1988, la Cour d'assises de Genève le condamne à 15 ans de réclusion. Un internement de longue durée est finalement décidé le 23 septembre 2002 par la Cour de justice genevoise, explique «Le Temps».

Sortie pour «raison humanitaire»

«Les sorties de détenus dangereux ne sont normalement pas accordées facilement et encore moins sans entrave, nous assure-t-on du côté de la justice bernoise. Normalement, un meurtrier ne peut sortir que pour une visite médicale ou l'enterrement d'un membre de sa famille». Dans de tels cas, le prisonnier est le plus souvent entravé au niveau des chevilles durant le trajet et accompagné par des policiers armés. Selon le chef du service bernois de l'application des peines, Christian Margot, la prison a le pouvoir d'autoriser une sortie d'une à cinq heures pour des raisons humanitaires sans en demander l'aval du canton.

Selon Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale vaudoise, l'homme n'était pas attaché dans la voiture. M. Sauterel n'a pas pu préciser les raisons de la présence du détenu dans la voiture, précisant juste qu'il ne s'agissait pas d'un transfert. Pour le reste, il a renvoyé aux autorités pénitentiaires bernoises, responsables de cet homme et de ses déplacements. Celles-ci n'ont pas souhaité faire de commentaires sur cette affaire.

Ton opinion