Suisse: Les hommes souffrent aussi des mariages forcés
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SuisseLes hommes souffrent aussi des mariages forcés

Les mariages forcés concerneraient également des hommes à hauteur de 20 pour cent. Mais beaucoup d'entre eux préfèrent se taire ou mener une double vie.

par
Pascal Schmuck
Zurich
Il n'y a pas que les femmes à souffrir des mariages forcés.

Il n'y a pas que les femmes à souffrir des mariages forcés.

La fin de l'été signifie pour le bureau des mariages forcés une recrudescence de ses activités, puisque de nombreuses personnes se plaignent de retour de vacances dans leur lieu d'origine.

La présidente Anu Sivaganesan révèle que 41 hommes se sont déjà annoncés cette année pour faire annuler leur union, contre 49 pour toute l'année 2016. Elle s'attend donc à ce que ce total soit dépassé en 2017. «Nous constatons une tendance croissante.»

Les hommes se taisent

Il est vrai que les mariages forcés touchent surtout les femmes, mais il ne faut oublier les hommes, qui représentent 18% des cas. Et la proportion pourrait être encore plus élevée, estime la seule étude du genre mandatée par la Confédération. Les hommes en effet rechignent plus que les femmes à venir demander de l'aide.

D'autres offres de soutien peuvent en témoigner, comme la ligne téléphonique 143 de la main tendue. Cette dernière estime qu'un appel sur trois pour des cas de mariages forcés provient d'hommes.

Des situations tendues

Si les hommes se plaignent moins, c'est qu'ils ont parfois à leur disposition des échappatoires. Dans certaines religions, ils peuvent prendre plusieurs épouses ou ils n'hésitent pas à prendre des maîtresses. D'autres «cachent» leur mariage arrangé dans leur pays d'origine et ne l'annoncent pas à l'état civil de leur pays de résidence, ajoute Anu Sivaganesan.

Elle cite l'exemple d'un homme d'origine albanaise qui avait été marié dans son pays d'origine voici trois ans, alors qu'il était déjà en couple en Suisse. Il est venu dénoncer son premier mariage, parce qu'il voulait épouser son amie suisse de longue date et ainsi se séparer de son épouse étrangère.

Parfois, les situations sont extrêmement tendues, comme celle de cet homme d'origine turque, mais né en Suisse, qui a été contraint de se marier dans le pays de ses parents. Dans ce genre de cas existent deux possibilités: celle de faire annuler le mariage ou d'entamer une procédure de divorce. «Pour le moment, nous attendons, mais le beau-père a lancé des menaces de mort. Nous ne voulons pas mettre d'huile sur le feu», explique une conseillère.

Manque de structure

Beaucoup d'hommes qui ont été forcés à se marier sont souvent déjà en couple. Il arrive également que des homosexuels viennent s'annoncer après avoir été contraints à l'union avec une femme. La vision des mariages forcés place souvent la femme en victime et l'homme en bourreau, négligeant le fait que des hommes en souffrent également.

L'étude de la Confédération sur les mariages forcés date de 2012 déjà, mais elle demandait des efforts pour sensibiliser sur le cas des hommes concernés. Il manque encore des centres d'accueil pour eux, très peu nombreux en Suisse, souligne Anu Sivaganesan. Ils sont en effet souvent menacés par des membres de leur belle-famille s'ils osent révéler le pot aux roses ou s'ils abandonnent le foyer conjugal.

La situation bouge lentement. Une association, qui gère dans le canton d'Argovie la première maison d'accueil réservée aux hommes, vient d'ouvrir deux autres centres d'accueil à Berne et Lucerne.

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