Hong Kong: Les indépendantistes vont défier Pékin dimanche
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Hong KongLes indépendantistes vont défier Pékin dimanche

Une nouvelle génération de militants prônant une rupture radicale avec Pékin tentera dimanche de recueillir les suffrages des Hongkongais.

Une manif monstre avait eu lieu en 2015 à Hong Kong pour une veritable démocratie.

Une manif monstre avait eu lieu en 2015 à Hong Kong pour une veritable démocratie.

photo: Keystone/ARCHIVES

L'ex-colonie britannique vivra ses plus importantes élections depuis les grandes manifestations pro-démocratie de 2014.

Le «Mouvement des parapluies» avait bloqué plus de deux mois des quartiers entiers de l'ex-colonie britannique. Il avait cependant échoué à obtenir la moindre concession de la Chine en matière de réformes politiques.

Depuis, l'atmosphère s'est crispée à Hong Kong, en raison de l'impression grandissante que Pékin durcit sa mainmise sur la ville semi-autonome, dans le domaine politique, culturel ou encore éducatif. Pour une nouvelle génération, la seule issue est désormais l'indépendance totale.

Chimère

Les élections au Conseil législatif (LegCo, l'équivalent d'un Parlement) hongkongais permettront dimanche de jauger le poids électoral de cette mouvance.

De nombreux Hongkongais sont convaincus que l'indépendance est une chimère. Mais le mouvement indépendantiste a fait bouger les lignes politiques traditionnelles, en polarisant le débat. Et en s'attirant aussi les foudres des dirigeants hongkongais et chinois.

La décision des autorités de la ville d'interdire la candidature de cinq partisans de la rupture avec Pékin - au motif que militer pour l'indépendance serait illégal - n'a fait que galvaniser les ardeurs.

Majorité bloc pro-Pékin

Plusieurs milliers de Hongkongais ont ainsi participé début août au premier rassemblement pro-indépendantiste. Certains sondages avancent que jusqu'à 17% des Hongkongais plébiscitent la rupture avec la Chine.

Le LegCo compte 70 membres désignés selon un système alambiqué qui garantit presque à coup sûr une majorité au bloc pro-Pékin. Seuls 35 sont en effet élus au suffrage universel direct, les autres étant principalement désignés par des groupes socio-professionnels acquis à la Chine continentale.

Certains militants prônant l'auto-détermination - pour ne pas utiliser le terme «indépendance» - ont pu déposer leur candidature. Un ou deux ont une chance d'être élus, ce qui constituerait une victoire pour un camp défendant une voie qui était encore jusqu'à très récemment taboue.

Promesses pas tenues

Baggio Leung, 30 ans, est un des trois candidats de Youngspiration, un nouveau parti plaidant pour l'auto-détermination. Les sondages lui donnent une chance d'entrer au LegCo. «Les gens de Pékin piétinent nos valeurs et nous devons trouver la sortie», a-t-il dit à l'AFP.

Le trentenaire ne croit plus au fameux principe «un pays, deux systèmes» qui avait présidé à la rétrocession en 1997. Celui-ci devait garantir, au moins pendant 50 ans, un très haut degré d'autonomie à l'ex-colonie britannique, ainsi que ses libertés.

Beaucoup de Hongkongais ont le sentiment que Pékin se mêle de plus en plus des questions intérieures de l'île. L'affaire des libraires hongkongais «disparus» puis réapparus en Chine cet hiver en a été une illustration.

«Le parti communiste ne tient pas ses promesses», accuse Baggio Leung. «L'indépendance est la seule bonne option.»

Figure du «Mouvement des parapluies», Nathan Law, 23 ans, se présente sous les couleurs de Demosisto, nouvelle formation qui prône aussi l'auto-détermination, et refuse que Hong Kong devienne une ville chinoise comme les autres.

«Depuis la 'Révolution des parapluies', il n'y a plus de retour en arrière», annonce-t-il.

Faire le jeu de Pékin

Une percée, même limitée, des indépendantistes, pourrait cependant faire le jeu de Pékin en réduisant le poids de l'opposition traditionnelle dite prodémocrate.

Avec 27 sièges sur 70, celle-ci dispose actuellement d'une minorité de blocage des textes de loi dont l'adoption requiert la majorité des deux tiers. La perte de cette minorité de blocage renforcerait Pékin à court terme en enlevant tout pouvoir à l'opposition, ce qui légitimerait encore plus le discours des indépendantistes.

Celui-ci est une aberration pour les candidats proches de Pékin.

«Le principe 'un pays deux systèmes' est ce qui a permis à Hong Kong de devenir ce qu'elle est. Nous devons préserver la prospérité et la stabilité de Hong Kong», déclare Wong Kwok-hing, candidat de la Fédération des syndicats. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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