Irak: Les insurgés consolident leur avancée
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IrakLes insurgés consolident leur avancée

Les rebelles sunnites ont encore progressé dimanche dans l'ouest irakien frontalier avec la Syrie, au moment où John Kerry appelait les dirigeants irakiens à l'unité.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a entamé dimanche une tournée pour pousser les chefs d'Etat de la région à user de leur influence pour convaincre le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki de former rapidement un gouvernement d'union nationale, près de deux mois après les élections législatives.

Sur le terrain, les insurgés emmenés par les jihadistes ultra-radicaux de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) se sont emparés de trois villes de la province occidentale d'Al-Anbar -- Al-Qaïm, Rawa et Aana --.

L'armée a affirmé dimanche qu'elle s'en était retirée pour des raisons «tactiques» de «redéploiement», mais selon des témoins, les insurgés se sont emparés dès samedi d'Al-Qaïm et de son poste-frontière avec la Syrie.

Avancée

En janvier, les insurgés s'étaient déjà emparés à Al-Anbar, de Fallouja (60km à l'ouest de Bagdad), et de secteurs de Ramadi, chef-lieu de la province.

Depuis le début de leur offensive le 9 juin, ils ont mis la main sur Mossoul, deuxième ville d'Irak, une grande partie de sa province Ninive (nord), de Tikrit et d'autres secteurs des provinces de Salaheddine (nord), Diyala (est) et Kirkouk (nord), et avancent désormais à l'ouest, où la prise du poste-frontière d'Al-Qaïm représente un succès important.

Une grande partie des 600 km de frontière poreuse en plein désert entre l'Irak et la Syrie échappait de toute manière déjà au contrôle des forces gouvernementales, irakiennes comme syriennes.

Raid aérien

Après leur débandade aux premiers jours de l'offensive des insurgés, les troupes gouvernementales tentent de reprendre du terrain.

Dimanche matin, au moins sept personnes ont péri dans un raid aérien sur Tikrit, et le ministère de la Défense a fait état de frappes aériennes contre Mossoul.

A l'est de Tikrit, des insurgés ont affronté à Al-Alam les forces de sécurité, secondées par des combattants de tribus pro-gouvernementales, et tué un conseiller du gouverneur provincial.

Appel à prendre les armes

Face à l'offensive fulgurante des insurgés sunnites, les chefs religieux chiites d'Irak ont appelé les citoyens à prendre les armes pour contrer l'avancée de l'EIIL, qui a proclamé son intention de marcher sur Bagdad et les villes saintes chiites de Kerbala et Najaf, au sud de la capitale.

Sur le plan diplomatique, M. Kerry s'est rendu dimanche au Caire, d'où il a appelé les dirigeants irakiens à dépasser les fractures confessionnelles tout en affirmant que son pays n'était «pas responsable» de la crise et ne cherchait pas à «choisir» un leader pour l'Irak.

L'idéologie de l'EIIL «est une menace non seulement pour l'Irak mais aussi pour la région tout entière (...). Nous sommes à un moment critique où nous devons exhorter les dirigeants irakiens à dépasser les considérations confessionnelles et à parler à tous», a-t-il lancé.

Quelque 300 conseillers américains

M. Kerry était attendu en fin de journée à Amman, avant de poursuivre à Bruxelles et Paris sa mission au chevet de l'Irak, que les troupes américaines ont envahi en 2033 avant de s'en retirer en 2011.

Les Etats-Unis, qui ont promis d'envoyer 300 conseillers militaires pour aider l'armée irakienne tout en excluant les frappes aériennes réclamées par Bagdad, ne ménagent pas leurs critiques contre M. Maliki, qu'ils ont pourtant longtemps soutenu, accusé de mener une politique confessionnelle dans un pays au bord du chaos.

(ats/afp)

Un Etat islamique

Un Etat islamique

L'EIIL, qui ambitionne de créer un Etat islamique dans une zone située à cheval entre les deux pays, est également engagé dans la guerre Syrie. A Mossoul, il a diffusé un document édictant en 16 points les nouvelles règles -- pas d'alcool, de drogue, de tabac ou de rassemblements, femmes couvertes et cloîtrées chez elles... -- et commencé à établir un recensement, selon des habitants joints par téléphone. Mais les jihadistes ne sont pas forcément mal vus. «Ce sont des gens convenables, ils traitent bien la population», explique ainsi Oum Abdallah, une habitante ayant malgré tout fui la ville «parce que le gouvernement nous bombarde et a coupé l'eau et l'électricité».

Exécutions de masse dans deux villages

Des insurgés ont tué 21 responsables locaux en deux jours dans les villes de Rawa et Aana, dans l'ouest de l'Irak, ont annoncé des officiers et des médecins dimanche. Ces exécutions se sont produites après que l'armée irakienne s'est retirée de ces villes, laissant le champ libre aux insurgés. Certaines des victimes ont été tuées par balles dès samedi, lorsque les insurgés sunnites emmenés par les jihadistes ultra-radicaux de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) se sont emparés des deux villes sur la route menant à la frontière syrienne, tandis que d'autres ont été abattues dimanche.

Selon des témoins, les insurgés sont entrés samedi soir à Rawa et Aana, deux villes voisines dans la province d'Al-Anbar, après avoir pris Al-Qaïm, à la frontière syrienne à moins d'une centaine de kilomètres, plus tôt dans la journée.

Une menace pour tout le Moyen-Orient, selon Obama

Barack Obama a mis en garde dimanche contre les dangers que représentait l'offensive fulgurante des jihadistes sunnites en Irak pour la stabilité de la région tout entière. Selon lui, les combattants de l'EIIL déstabilisent l'Irak, «mais ils peuvent aussi bien déborder sur des pays alliés comme la Jordanie».

Dans une interview accordée vendredi à la chaîne CBS et diffusée dimanche, le président américain craint que les velléités des insurgés soient encore plus importantes. Il estime que «leur idéologie extrême constitue une menace à moyen et à long terme» pour les Etats-Unis. Selon lui, la «population locale irakienne finira par rejeter les extrémistes sunnites» de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) «à cause de leur violence et de leur extrémisme».

«Nous avons vu cela de nombreuses fois. Comme par exemple dans la province occidentale d'Al-Anbar durant la guerre en Irak où des tribus sunnites se sont soudainement soulevées contre eux à cause de leur idéologie extrémiste», a précisé Barack Obama.

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