Actualisé 13.07.2007 à 12:07

Les Irakiens accusent les Américains de les pousser à l'échec

Beaucoup estiment qu'à force de se focaliser sur les 18 objectifs politiques, économiques et militaires fixés par Washington pour sécuriser le pays, on les rend en fait impossibles à respecter.

Certains de ces critères, comme le désarmement des milices, ne tiennent pas compte de la réalité en Irak, où chaque groupe politique est armé. D'autres, comme la réforme constitutionnelle ou le retour en grâce des anciens fonctionnaires du régime de Saddam Hussein, sont tout simplement inacceptables pour certaines forces.

Surtout, la plupart des objectifs sont intimement liés entre eux et on ne peut espérer en atteindre un si l'on n'obtient pas des avancées sur d'autres. Les différentes factions irakiennes l'ont compris et profitent de la pression de Washington pour monnayer leur soutien sur certains dossiers contre des concessions sur les points qui leurs tiennent à coeur.

Seul problème, les différents groupes affichent chacun des priorités différentes et souvent contradictoires, ce qui oblige à des négociations sans fin entre leurs représentants.

Ainsi, les sunnites tiennent particulièrement à obtenir satisfaction sur la réforme constitutionnelle, sur le retour aux affaires des anciens baassistes et sur le partage des ressources pétrolières. Mais les Kurdes entendent défendre l'actuelle Constitution et les avancées qu'elle leur a apportées. Quant aux chiites, ils s'intéressent surtout à la création de régions autonomes dans le pays.

Il est d'autant plus difficile aux Irakiens d'avancer sur les réformes souhaitées à Washington que leurs institutions peinent à prendre en charge des dossiers aussi lourds. Le gouvernement a du mal à imposer son autorité au-delà de la Zone verte fortifiée au coeur de la capitale, à tel point que ce sont souvent les officiers de l'armée américaine qui doivent transmettre à Bagdad les demandes des élus locaux.

Quant au Parlement, la légitimité de ses décisions est largement entamée par ses difficultés de fonctionnement. Beaucoup des 275 députés vivent en Syrie ou en Jordanie par peur pour leur sécurité et le quorum est souvent difficilement atteint, d'autant plus que les sunnites et les chiites proches de Moqtada al-Sadr ont boycotté les sessions en raison de conflits avec le gouvernement de Nouri al-Maliki.

Pour couronner le tout, la sécurité ne semble pas s'améliorer malgré la grande offensive lancée en février par les forces américaines. Depuis, le nombre de cadavres retrouvés en Irak augmente chaque mois, de 23 par jour en moyenne en février à 28 en juin. L'Associated Press a calculé que 33 corps ont été retrouvés chaque jour depuis le début du mois de juillet.

Les Irakiens ont également du mal à prendre la mesure des pressions qui s'exercent aux Etats-Unis sur la Maison Blanche, sommée par la nouvelle majorité démocrate d'obtenir des progrès en Irak, ce qui permettrait à l'armée américaine de rentrer rapidement au pays. Beaucoup de dirigeants irakiens n'imaginent même pas que les Américains puissent se retirer et créer un vide du pouvoir dans cette région stratégique, avec les conséquences que cela peut entraîner: un choc qui force les Irakiens à se mettre d'accord pour sauver le pays, ou le basculement dans la guerre civile totale. (ap)

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