Actualisé 04.02.2019 à 06:48

Genève

«Les jeans troués permis que pour les garçons?»

Des parents d'ados dénoncent une application exagérée, voire sexiste selon eux, des règles vestimentaires pour les élèves. L'Etat s'en défend.

de
David Ramseyer
Les jeans troués que porte Anja lui ont valu une annotation dans le carnet.

Les jeans troués que porte Anja lui ont valu une annotation dans le carnet.

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«Ma fille a deux trous sur ses jeans - c'est la grande mode - et fin janvier, elle a récolté une annotation dans le carnet. Mais on ne dit rien à son camarade de classe, dont le pantalon est bien plus déchiré», s'étonne Claire*. La maman d'Anja*, 13 ans, assure ne pas partir en guerre contre le règlement vestimentaire du cycle d'orientation de Budé (lire encadré), où étudie son ado. Mais elle s'interroge: «Le pantalon troué, ça passe parce que c'est un garçon?»

«Cacher nos filles?»

Plus généralement, elle admet que des règles sont nécessaires pour éviter des abus, mais elle juge leur application parfois exagérée. «Une autre fois, Anja a été renvoyée chez elle pour un t-shirt sans manche. Quel est le message? Il faut cacher le corps de nos filles? Je trouve que la mienne est sans excès et ressemble à toutes les ados de son âge.»

Une autre mère, dont l'enfant est dans le même cycle d'orientation qu'Anja, s'insurge. Selon Julia*, sa fille a notamment reçu une remarque d'un enseignant pour s'être étirée en classe, ce qui a dévoilé son ventre: «Exiger une tenue correcte, oui. Mais là, elle n'est quand même pas à moitié nue, on ne parle pas non plus d'un string apparent. C'est du délire!»

Egalité de traitement

Le Département genevois de l'instruction publique (DIP) ne commente pas les cas particuliers. Mais il souligne être très sensible à la question de l'égalité. «Il n'existe pas de différences de traitement entre filles et garçons au sein des écoles», appuie le porte-parole du DIP, Pierre-Antoine Preti. Ce dernier ajoute aussi que «le renvoi d'élève à la maison est rarement effectué pour une raison uniquement vestimentaire».

Les prescriptions sur l'habillement découlent de la Loi sur l'instruction publique, qui exige une «tenue correcte et adaptée au cadre scolaire» (art. 115, alinéa 6). Libre ensuite à chaque établissement d'en préciser les contours. Les directions d'écoles peuvent ainsi demander que le ventre soit couvert ou prohiber le port du training et de la casquette en classe. Les parents sont informés du règlement, qu'ils doivent signer. Il y a aussi une dimension éducative, note Pierre-Antoine Preti. Des interdictions peuvent ainsi être édictées concernant «les vêtements qui affichent des slogans, des logos et des images à caractère sexiste, raciste, injurieux, obscène ou ordurier».

*Prénoms d'emprunt

Ventre couvert et pantalons cleans

Au cycle de Budé, situé au Petit-Saconnex, les instructions sur la tenue vestimentaire stipulent que le ventre, la poitrine et le dos des élèves doivent être couverts. Les habits troués sont prohibés, tout comme les minishorts, les minijupes, les débardeurs et les chaussures à talons hauts. Par ailleurs, le port d'un casquette, d'un chapeau ou d'un capuchon n'est pas autorisé à l'intérieur du bâtiment scolaire. Enfin, le règlement précise que «la direction se réserve le droit de ne pas accepter en classe et/ou de renvoyer se changer chez lui l'élève qui ne remplirait pas ces conditions».

«On veut avoir notre propre style»

Le règlement vestimentaire, «c'est nul!» clament en choeur des élèves croisés à la sortie du cycle d'orientation. «On n'a pas le droit de porter les habits que l'on a achetés», déplore ainsi un ado. Un de ses copains acquiesce: «Les jeans troués, notamment, c'est très à la mode. On veut juste avoir notre propre style.» Une élève assure aussi que les filles sont plus stigmatisées que les garçons. Elle et ses copines remarquent cependant que l'application des règles dépend des professeurs: «Certains sont plus sévères que d'autres.» S'ils décrient le règlement, tous s'accordent pourtant à lui reconnaître des avantages. «Ça empêche certains abus, relève une demoiselle. Les trous des jeans où on voit presque les fesses, par exemple, c'est juste pas possible!» Un garçon estime de son côté que cadrer l'habillement des élèves permet aussi de gommer les différences «entre ceux qui ont de l'argent et les autres».

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