Nationalité: Les jeunes étrangers de la 3e génération boudent le passeport suisse
Publié

NationalitéLes jeunes étrangers de la 3e génération boudent le passeport suisse

Depuis 2018, les petits-enfants d’étrangers immigrés en Suisse ont la possibilité d’obtenir la naturalisation facilitée. Mais ils sont très peu à la demander.

La naturalisation facilitée est tout sauf simple, et obtenir un passeport suisse reste très compliqué.

La naturalisation facilitée est tout sauf simple, et obtenir un passeport suisse reste très compliqué.

20min/Marvin Ancian

En février 2017, le peuple suisse acceptait à plus de 60% la naturalisation facilitée des jeunes étrangers de la troisième génération, à la suite d’une initiative parlementaire d’Ada Marra (PS/VD). Depuis février 2018, ils peuvent ainsi accéder au passeport suisse de manière moins coûteuse et plus rapide puisque ni le canton ni la commune n’ont à examiner la demande, la décision se prenant au niveau de la Confédération. Mais voilà: selon un bilan de la Commission fédérale des migrations (CFM), seuls 1800 petits-enfants de migrants ont déposé jusqu’ici une demande. Sur un potentiel de 25’000 jeunes.

S’agit-il d’un désintérêt pour le passeport suisse, ou la naturalisation est-elle encore trop compliquée? «Les deux», estime Walter Leimgruber, président de la CFM, auprès de 20 Minuten. D’une part, de nombreux jeunes concernés sont des ressortissants de l’UE et ne subissent donc quasi aucune restriction en Suisse. D’autre part, la naturalisation simplifiée est tout sauf simple. «Les obstacles bureaucratiques restent trop élevés», estime ainsi le responsable. Selon lui, de nombreux migrants qui sont nés et ont grandi en Suisse n’apprécient pas de devoir prouver qu’ils ont droit au passeport suisse.

Documents difficiles à obtenir

En effet, il faut se procurer de nombreux documents parfois compliqués à obtenir. Berne demande notamment une copie de l’acte de naissance des grands-parents ou une attestation selon laquelle le senior a acquis une autorisation de séjour durable en Suisse. Il faut aussi une copie de l’acte de naissance des parents et de leur permis C. Il faut en plus leur attestation de domicile pour un séjour d’au moins dix ans chez nous. Ainsi qu’une preuve qu’ils ont fréquenté l’école obligatoire en Suisse durant au moins cinq ans.

Et c’est là que réside la difficulté. «Comment trouver un document qui a été délivré il y a 40 ou 50 ans? Ou plus difficile encore: que faire si mes grands-parents sont déjà décédés?» interroge Arber Bullakaj, membre de la direction du PS Migrant-e-s. Selon lui, les efforts à fournir sont tels qu’ils dissuadent de nombreux jeunes de lancer une procédure.

Supprimer la limite d’âge

La naturalisation facilitée ne tient donc pas ses promesses. Si l’on veut réellement faciliter l’accès au passeport suisse, il faut alléger les obstacles bureaucratiques, réclament donc Arber Bullakaj et Walter Leimgruber. Le président de la CFM propose ainsi de supprimer la limite d’âge fixée à 25 ans (40 selon des dispositions transitoires jusqu’au 15 février 2023). Car jusqu’à l’âge de 25 ans, les jeunes se préoccupent peu de leur nationalité. Ce n’est que plus tard, au moment de fonder une famille, qu’ils commencent à y réfléchir, explique-t-il.

La droite voit déjà d’un mauvais œil un allègement de la procédure. Ces difficultés bureaucratiques étaient déjà connues avant l’entrée en vigueur de la loi, affirme la conseillère nationale UDC Barbara Steinemann.  «Nous ne pouvons pas simplifier encore plus la naturalisation juste parce que la CFM et la gauche n’ont pas obtenu l’effet escompté avec cette réforme», critique-t-elle.

(cht/maw)

Ton opinion

118 commentaires