Les jeunes investisseurs «pensent qu'ils sont des génies»
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Bourses en hausse Les jeunes investisseurs «pensent qu'ils sont des génies»

Les boursicoteurs de la «Gen Z» n’ont quasiment connu que des marchés en hausse et sont parfois vus comme de dangereux optimistes, alors qu'ils se disent préparés à tout, même au pire.

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Le trading s’est popularisé grâce aux apps et aux sites spécialisés dédiés. 

Le trading s’est popularisé grâce aux apps et aux sites spécialisés dédiés.

20min/Marco Zangger

Ils seraient la génération «YOLO» (You Only Live Once – On n’a qu’une vie), ces petits porteurs de moins de 35 ans, popularisés par la saga des «Meme Stocks», des actions qui ont décollé en début d’année, de GameStop à AMC. Ils n’ont pas connu la grande récession de 2008-2009 ou l’explosion de la bulle internet en 2000. Quant au brusque décrochage lié au coronavirus, qui ne relevait pas d’une défaillance des marchés, il a laissé peu de traces car digéré en trois mois. En juin, environ 72% des moins de 34 ans des investisseurs actifs interrogés par le courtier E-Trade se disaient «très» ou «extrêmement» confiants dans leurs décisions de placements.

«Ils pensent qu'ils sont des génies»

«Durant toute leur vie d’adulte, le marché a monté», expliquait au «Wall Street Journal» Scott Galloway, professeur de marketing et personnalité médiatique. «Si vous annoncez autre chose, (pour eux) vous n’avez rien compris. Si vous dites que le bitcoin ou Tesla est surévalué, des trolls (ndlr: internautes souvent agressifs) utilisant des comptes anonymes sortent du bois et vous tombent dessus» en ligne. «Tout ce qu’ils font semble fonctionner, et ils pensent qu’ils sont des génies», analyse Philip Fernbach, professeur à l’université de Colorado et spécialiste de la prise de décision financière. «L’excès de confiance est très dangereux, dit-il, parce qu’il peut mener à une trop grande prise de risques.»

Devenir riche rapidement

Selon un sondage réalisé en avril par le site MagnifyMoney, 80% des investisseurs issus de la «Gen Z» (nés à partir la fin des années 90) disent s’être endettés pour investir. «Il y a un énorme aspect pari là-dedans», renforcé par l’accessibilité nouvelle de la Bourse par le biais d’applications mobiles, poursuit l’universitaire. «Les gens veulent devenir riches rapidement, en misant sur quelque chose d’improbable.»

Éduqués financièrement

Pour Jonathan Royère, programmeur web de 25 ans et trader amateur, «les YOLOs, c’est ce qui attire l’attention, mais ce n’est pas ce que font la plupart des gens. C’est comme si vous voyiez un mannequin Instagram faire un truc débile et que vous pensiez que toutes les femmes font la même chose. Ce n’est pas le cas.» Loin de l’image de trublions écervelés qu’a pu donner la saga GameStop, avec des vagues d’achats qui paraissaient impulsives et incontrôlées, beaucoup de jeunes investisseurs «sont plus éduqués» financièrement et économiquement que leurs aînés, affirme le programmeur, «même s’ils sont plus ironiques dans leur façon de communiquer».

Recherches collectives

«Cette génération qui a grandi à l’ère d’internet a trouvé le moyen de faire des recherches collectivement» sur les bons placements «et de partager l’information sur les forums», abonde Ryan Scribner, YouTubeur spécialisé dans la finance et qui compte plus de 700'000 abonnés. Elle se projette aussi moins que ses devancières et se distingue par une certaine circonspection, voire une tendance au pessimisme.

«La musique va s’arrêter»

Beaucoup de ces petits porteurs ont conscience de se trouver dans un contexte de marché anormal. «Il y a cette compréhension partagée que la performance des actions est tirée par la politique de la Fed», la Banque centrale américaine qui soutient, depuis 18 mois, l’économie plus qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant, analyse Evan Domingos, étudiant de 21 ans et trader à ses heures. «La jeune génération est mieux préparée à un krach que les plus vieux», affirme Jonathan Royère, pour qui, lorsque la Fed resserrera sa politique monétaire, «la musique va s’arrêter».

Stratégies en cas de krach

Ryan Scribner a déjà organisé son portefeuille dans la perspective d’un possible krach et table sur le fait que les investisseurs privilégieront les actions moins connues aux grands noms de la cote. «Il n’est pas complètement démontré que les nouveaux traders seront capables de rétrograder en même temps que le marché», reconnaît Evan Domingos, mais pour lui, leur réaction lors de la crise entre États-Unis et Chine en 2018 et au début de la pandémie «laisse penser que ce sera le cas.»

(AFP)

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