Votations du 15 mai – Un non à Frontex exclurait la Suisse de Schengen 
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Votations du 15 mai«Les jeunes ne peuvent plus s’imaginer des frontières avec des contrôles»

Un non à Frontex, le système de surveillance des frontières européennes, en mai, exclurait la Suisse de l’espace Schengen, a rappelé le Conseil fédéral mercredi.

par
Julien Baumann
La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a défendu Frontex avant la votation du 15 mai.

La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a défendu Frontex avant la votation du 15 mai.

Capture d’écran YouTube

Les citoyens suisses devront se prononcer le 15 mai sur le renforcement du financement de la Confédération à l’agence européenne de gardes-frontières, aussi appelée Frontex. Le Conseil fédéral et le parlement se sont mis d’accord pour augmenter le soutien de la Suisse à ce système, passant d’une enveloppe de 24 millions de francs en 2021 à 61 millions en 2027. Un comité référendaire a récolté suffisamment de signatures pour que cette décision soit soumise au vote. Le Conseil fédéral a présenté mercredi ses arguments en faveur de ce financement supplémentaire mercredi après-midi.

La cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) Karin Keller-Sutter a prévenu: en cas de non à ce financement le 15 mai prochain, le retrait de la Suisse de l’espace Schengen serait inéluctable. «Frontex est un pilier du système Schengen», a-t-elle martelé mercredi après-midi devant les médias à Berne.

Et si le pays sort de Schengen, il serait exclu de la libre circulation. «Si la Suisse devient une frontière extérieure, il y aura de nouveau des files d’attente aux points de passages routiers et dans les aéroports. Les jeunes de moins de 30 ans ne peuvent plus s’imaginer ce qu’est un régime de frontières avec des contrôles systématiques», a-t-elle ajouté.

«Il ne faut pas embellir la réalité»

Le conseiller fédéral Ueli Maurer a loué les avantages de Frontex. «Pour la Suisse, c’est une grande importance en termes de criminalité, de contrebande et des flux migratoires.» Le comité référendaire dénonce Frontex, notamment des violences et des violations des droits humains commises par cet organisme contre des migrants.

Ueli Maurer n’a pas nié ces problèmes, citant des rapports et des analyses qui ont pointé du doigt ces agissements. «Il ne faut pas embellir la réalité. Il y a des violations que nous ne pouvons pas accepter», a-t-il admis. Mais selon lui, pour améliorer la situation, la Suisse a tout intérêt à renforcer sa participation à Frontex plutôt que de faire l’autruche. «Soit nous détournons le regard, nous nous bouchons les oreilles et nous nous taisons en faisant le poing dans la poche et en laissant faire, soit nous agissons là où c’est nécessaire.»

Aux frontières ukrainiennes

Le lien entre la guerre en Ukraine et les centaines de milliers de réfugiés qu’elle provoque a aussi été brièvement évoqué. Entre l’accueil de ces réfugiés et les contrôles stricts que vise Frontex, le contraste est marqué. Cela montre que «lorsque c’est nécessaire, les frontières sont ouvertes», a affirmé Karin Keller-Sutter. La conseillère fédérale a précisé que l’agence européenne était aussi présente sur le terrain pour apporter son aide. «Frontex est déployé dans les pays frontaliers de l’Ukraine pour soutenir les autorités locales qui sont submergées.»

On notera encore que les quelques 67’000 signatures du référendum contre le financement de Frontex n’ont pas encore été officiellement validées. La Chancellerie fédérale annoncera les résultats du décompte dans environ deux semaines.

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